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un regard sur le monde

Archive for the ‘mémoires’ Category

Le net est une mémoire parcellaire

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Je me souviens que Margaret Thatcher avait voulu priver d’accès à la dialyse les jeunes enfants et les anciens, considérant que des économies pouvaient être réalisées dans ce domaine. J’ai voulu retrouver sur le net un article évoquant ce sujet, mais rien n’est ressorti de google. Le net a parfois encore moins de mémoire que moi, et je suis souvent étonné de la disparition de certaines choses, peut-être utilise t-on plus le net pour diffuser des videos de chats que des choses utiles.

Il ne s’agissait pas d’une restriction liée à la privatisation de la santé comme aux Etats-unis, mais d’une économie budgétaire, dans un système entièrement géré par l’Etat. J’ai repensé soudainement à cet élément du passé, en entendant certains discours programmatiques récents, proposant de très sérieuses réductions des effectifs de l’Etat, et ma mémoire a fait le lien avec ce projet thatchérien.

J’ai repensé également à cette toute jeune fille qui a « inventé » une machine à dialyser à 500€, conçue pour le tiers-monde, mais qui, dans un tel monde deviendrait soudain très utile dans un pays anciennement riche. Faut-il se préparer à de telles échéances, et commencer à la bricoler dans son garage, couplée peut-être à une méthode de dialyse lente, si chère au Docteur Laurent de Tassin la demi-lune ?

Ce matin, je me suis réveillé bien tôt, travaillé par une telle idée.

Written by Le blog de Jean Trito

8 novembre 2016 at 21:18

Il n’y a pas de rue de l’abbé Robert Ploton à Saint-Etienne !

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Ce sont les plus vieilles personnes qui s’en souviennent à Saint-etienne, l’arrestation de l’abbé Ploton par les nazis pour des actes de résistance. Son échappée à travers les « traboules », et ses blessures, le sang qui coulait. Elles me font remarquer qu’aucune rue ou monument ne célèbre ce courageux résistant.

abbé ploton

Comment expliquer qu’il a pu échapper à l’histoire stéphanoise, qu’aucun homme politique n’ait pu juger bon de lui attribuer le nom d’une rue ou d’une place. C’est encore une chose qui étonne les plus vieux stéphanois, un oubli de l’histoire locale.

Pourquoi ne pas profiter d’un toilettage nécessaire, de noms de rues attribués à d’illustres inconnus, pour laisser son nom quelque part. Lui qui avait fabriqué des faux papiers au péril de sa vie, mérite maintenant un vrai panneau de mémoire.

PS : en fait, après vérification fouillée, il y a bien une rue du chanoine Ploton, mais il est surtout connu comme abbé dans l’histoire.

Written by Le blog de Jean Trito

28 avril 2013 at 08:03

L’Afrique et notre passé perdu

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L’Afrique ne représente pas l’altérité sociale que l’on pourrait imaginer, mais un passé de nos relations sociales que nous avons oublié. Ces relations étroites de solidarité, de tribu, de clan, de famille, les « soeurs » et « frères » d’une même génération, les enfants élevés en commun, cela ne nous est pas étranger, mais représente un passé perdu, comme le loup marsupial de Tasmanie. Nous avons coupé presque tous les ponts entre nous et tout remonté au niveau de l’Etat, seule entité collective encore agissante. Ces relations personnelles, croisées, faites de services rendus et de liens de proximité, il faudrait remonter dans notre passé pour les retrouver. Nous en avons perdu jusqu’au souvenir. Les enfants sauront-ils qu’il y avait quelque chose avant le smartphone ?

Written by Le blog de Jean Trito

2 avril 2013 at 19:37

Saint-Etienne, le lycée du portail rouge, années 70

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Ce n’est pas vraiment avec nostalgie que je l’évoque, je le vois encore comme un grand bâtiment, typique de l’architecture de ces années là, et pas à taille humaine pour moi. Je me souviens des courses incessantes d’une classe à l’autre, car l’enseignant était immobile, et tout le reste était en mouvement.

Rétrospectivement, c’est peut-être le regard d’Annie Ernaux qui m’apporte aujourd’hui le meilleur éclairage sur ces années, je crois qu’il y a quelque chose de sa jeunesse en moi, peut-être encore en pire.

J’essaie d’extraire cela quelques bons souvenirs, comme celui de Monsieur M qui nous avait appris à aimer le français et le latin, mais que cette adolescence « d’autrefois » me semble triste rétrospectivement, je ne crois pas que je garde de bons souvenirs de ce temps là, et je m’en rends compte sur copaindavant, où mes condisciples contactés ne respirent pas la nostalgie. Je veux bien croire que je suis atteint d’hypermnésie, et que c’est une mauvaise chose, car on n’oublie rien d’autant de mauvais souvenirs, rien ne disparait.

Une flamme olympique orne l’accueil de l’établissement qui a reçu depuis le nom d’un grand technocrate européen, et je vois encore les multiples fenêtres bleues alignées à l’infini, dans ce béton d’un seul bloc.En quittant la primaire, j’ai eu l’impression de rentrer à l’usine, dans un monde où je me suis épanoui intellectuellement que sporadiquement.

J’ai regardé le classement du figaro ou de l’express, je ne sais plus, et j’ai constaté sa décadence, qui le place tout en bas des classements. Etait-ce le cas à l’époque, ce n’est pas certain, bien que les familles faisaient des pieds et des mains pour rentrer à Claude-Fauriel. Il était réputé gauchiste, mais les quelques gauchistes étaient ce qu’il y avait de plus sympathique. Il était difficile de s’y plaire, le système de classement des niveaux de 1 à 13 faisait que les classes étaient très différentes, et triées en quelque sorte. J’avais choisi, ou plutôt, on m’avait conseillé allemand pour être dans une classe forte, et un prof disait de nous en conseil de classe « ils ne se font pas de cadeaux », et c’était une appréciation des plus justes.

Alain Peyrefitte écrivait dans « le mal français » que la France voyait ses conditions s’égaliser, que l’on ne différenciait plus le bourgeois du prolétaire à l’école, c’était vrai, il y avait davantage de mélange social, mais les différences étaient plus sourdes et dissimulées, plus hypocrites qu’à notre époque où l’argent fait plus clairement la différence, puisque les classes n’habitent plus les mêmes quartiers.

Je regrette que cette époque de formation ne m’ait pas laissé que de bons souvenirs, et cette insatisfaction a fait que je me sens en grande partie un autodidacte, que j’ai du rechercher en grande partie par moi-même des réponses que l’école ne pouvait me fournir. Même si avoir été dans la meilleure classe présente des avantages, qu’il y a eu une concurrence, je ne l’ai pas trouvé stimulante, parce qu’elle s’est souvent résumée à des mesquineries, du bachotage, sans véritable émulation.

J’ai été frappé par l’attention apportée aux mathématiques, sur lesquelles il fallait mettre tout l’effort, sans une compréhension véritable, de manière opérationnelle en fait, et qui semblait nous dessécher de toute vraie vie intellectuelle. Quelque chose de la scolastique.

Certains cours étaient de vrais plaisirs comme la physique au lycée, plus passionnante que les maths et sans la pression de l’enjeu du classement, et donc du déclassement, la biologie, les lettres, et l’histoire, quand le prof savait nous captiver, l’enseignement est une forme de théâtre, et on peut y briller plus ou moins.

C’est une grande morosité en fait qui me saisit à ce retour sur ce passé, tant personnel, que lié à l’ambiance, parmi tous nos souvenirs ceux de l’enfance sont les pires, chantait Barbara. Je revois avec plus d’émotion d’autres écoles de la ville, mais mon passage au lycée, en sept ans, fut le passage le plus difficile de ma vie.

Written by Le blog de Jean Trito

11 décembre 2011 at 23:02