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un regard sur le monde

Archive for octobre 2012

Frédéric de Hohenstaufen, de Benoist-Mechin

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De Benoist-Mechin, je ne savais rien. On le voit apparaitre dans une émission d’apostrophes, avec Bernard Pivot, un peu raide, il est venu présenter une biographie d’Alexandre. Je me suis plongé dans cette biographie de l’empereur Frédéric II, et j’étais pris par l’intrigue, en quelques paragraphes, il pose la mentalité de ce haut-moyen-âge : pas de système de droit, mais des engagements personnels qui maillent fortement la société. L’histoire vaut tous les romans historiques, parce qu’elle est vraie. Le suspense est prenant, parce que les coups de théâtre, les retournements spectaculaires ont permis à Frédéric II d’avancer alors que le rapport de force était contre lui. Jacques Benoist-Mechin était un orientaliste, versé dans les langues anciennes, ce n’est pas un thriller, sa culture, son background sont prodigieux.

J’ai découvert qu’il avait été l’ami de Proust, avait été expert dans les relations avec les pays arabes et avait publié un « printemps arabe » en 1959. MAis ce qui est le plus troublant, c’est l’admiration qu’il a manifesté pour Hitler, qui lui fit rejoindre le gouvernement de Vichy, avec des visions ultracollaborationnistes. Condamné à mort en 1947, il fut gracié par Auriol. On le voit dans cette émission de 1977, soit seulement trente ans après les évènements, et il ne semble pas mis en cause par son époque, ni questionné. Ce court extrait nous montre combien la vision des années 70 sur Vichy était éloignée de la nôtre. On ne se retournait pas de la même manière sur le passé, il paraissait bien plus lointain qu’aujourd’hui. Vichy est aujourd’hui comme un affleurement d’une roche plus ancienne.

On se demande comment cet homme cultivé, maitre en langues anciennes et orientales a pu se prendre d’enthousiasme pour le fuhrer, écrire pour défendre « mein Kampf » qui est un horrible salmigondis. Tout comme Kantorowicz, lui aussi biographe de Frédéric II. Ont-ils projeté sur leur personnage l’admiration qu’ils ont voué au petit caporal ? une part de leur vision ? c’est possible. Comment ont-ils pu passer de la haute-culture au nazisme ? ou est-ce que le nazisme contenait une vision hyper-élitiste qui les a séduits ?

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Written by Le blog de Jean Trito

28 octobre 2012 at 05:51

Le livre unique

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L’idéal pour le commerce d’aujourd’hui, c’est le livre unique, celui que tout le monde vend, que tout le monde achète, que tout le monde lit. Pas de problèmes d’invendus liés à la diversité, aux aléas du goût du public, et une concentration des frais de promotion sur un seul produit. On a eu le da vinci code, twilight, harry potter, et d’autres qui ont respecté cet intéressant principe commercial rationalisé. Un seul livre représente l’essentiel des ventes, et la quasi-totalité des profits. On viendra me vanter le phénomène du « cygne noir », mais il a bon dos. Il est trop en accord avec une logique profondément capitaliste pour être satisfaisant. C’est plutot la grande réussite d’un mode de management du livre, qui ne laisse pas d’inquiéter.

Written by Le blog de Jean Trito

25 octobre 2012 at 19:24

Paris, flanerie autour de Beaubourg

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Il y avait un soleil inespéré ce jour sur Paris. Je me suis promené comme aux temps anciens, lorsque je marchais, et que marcher était mon principal loisir. Le smartphone est bien utile pour garder quelques images, excellentes lorsque la lumière est suffisante.

J’ai bien sur photographié la Seine, mais aussi la statue du coup de tête de Zidane, qui pour moi a toujours représenté le risque du dopage, celui de ne plus pouvoir se contrôler. Imagine-t-on Berlin ériger une statue de Schumacher agressant Battiston en 1982 ? J’ai vu une curieuse statuette en haut d’une colonne derrière Beaubourg, mais je n’ai pas noté son origine.

J’ai voulu revoir la rue du temple, autrefois, on voyait dans ce quartier des juifs traditionnels, mais ils semblent avoir disparu.

Written by Le blog de Jean Trito

25 octobre 2012 at 18:31

Publié dans art, Paris

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désynchronisation

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J’ai vécu la première  partie de ma vie à la fin d’un siècle, avec la fin de quelque chose, je vais vivre la fin de ma vie avec le début de ce siècle, et quelque chose d’autre qui commence,  je ne serai donc pas synchronisé avec mon temps comme ces enfants qui ont commencé leur vie avec ce nouveau siècle. J’ai commencé avec ce qui finissait, je finirai avec ce qui commence.

Written by Le blog de Jean Trito

24 octobre 2012 at 07:17

Publié dans Non classé

Le paradoxe d’Argenteuil

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Le paradoxe d’Argenteuil, c’est que la droite y construit des mosquées, et la gauche des églises.

La droite avait été qualifiée de « droite de grand papa » par le nouvel obs, ce qui plutôt affectueux, et montre qu’elle est loin des lubies néo-libérales apatrides. De ce fait, elle a apporté une certaine attention, sans toutefois en récupérer fortement les voix, d’une forte minorité musulmane. La gauche surpasse la droite dans son objectif initial d’attraction des classes moyennes, et transforme la ville en une sorte de nouveau Lourdes. Le soin apporté à l’architecture religieuse est finalement impressionnant, bien qu’il ait une visée historique, tourné vers des « bobos » auquel il va plutôt servir de décor plaisant que de ressourcement spirituel. On va permettre également l’implantation d’écoles privées catholiques, ce qui est très pragmatique pour la gauche. Le privé catholique est perçu comme un refuge pour les enfants de la classe moyenne, un lieu préservé, protégé, et qui leur semble à même d’assurer dans de meilleures conditions la reproduction sociale.

Je lisais récemment des articles de journaux expliquant que les français ressentaient l’islam comme une altérité de plus en plus marquée, et l’inverse est vrai, il semble que les musulmans recherchent davantage que dans mon enfance à exprimer une sorte de contre-culture-occidentale. En affichant cet anti-occidentalisme, il provoque chez les autres un besoin accru de s’identifier à une culture, parfois perdue corps et biens, mais qui leur semble à même de leur permettre d’exprimer ce refus d’une altérité dont le domaine leur semble s’étendre. Le christianisme leur semble le dernier réduit d’une identité menacée. c’est sans doute ce sentiment qui explique cette étrange politique de gauche, le besoin de retrouver des racines rassurantes, de les rendre visibles, présentes.

La tunique pourrait même représenter une sorte d’enjeu, elle est susceptible d’attirer des visiteurs plutôt rares autrement, et de faire parler de la ville, en lui apportant une aura. Une partie des français se sent perdu dans le monde actuel, qui leur semble de plus en plus étranger. Ces symboles d’un passé perdu, mythifié, ont quelque chose d’une emprise millénaire à laquelle il est finalement facile de s’identifier, ce en l’absence de toute démarche religieuse.

Written by Le blog de Jean Trito

22 octobre 2012 at 20:16

Publié dans politique, religion

Argenteuil, l’inauguration de la place Jean Eurieult

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philippe metezeau et philippe doucet

Inauguration mouvementée du nouveau parvis de la basilique Saint-Denis, Philippe Metezeau, représentant du conseil général, l’un des financeurs, s’est plaint de ne pas avoir été invité par la mairie.

Le parvis de la place Jean Eurieult d’Argenteuil a été inauguré, pour un coût de 2 M€. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une revalorisation du patrimoine chrétien de la ville. On a même évoqué la sainte tunique, qu’il faudrait montrer plus souvent.

Le conseil général s’est plaint de ne pas avoir été invité,mais est venu quand même, le curé s’est plaint de ne pas être entendu, mais je n’ai pas compris à quoi faisait allusion son intervention.

Le square des deux abbés a aussi été inauguré en hommage à deux dirigeants de la Saint-Georges d’Argenteuil. Le nombre d’espaces verts est ainsi en augmentation, en attendant les travaux de fin d’année pour ouvrir le jardin d’Heloïse au public, et l’aménagement piétonnier du quartier.

Argenteuil, de la reconquista

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la ville d’Argenteuil valorise son patrimoine religieux et moyenâgeux, et va implanter des écoles privées catholiques pour attirer les classes moyennes.

Le journal municipal titre sur « la reconquête du centre-ville », une reconquête s’effectue sur un territoire ou des ennemis. Lesquels ? l’article ne le dit pas. Le maire s’est pris de passion pour le côté moyenâgeux et chrétien de la ville. On rénove l’église, son parvis, on crée un « jardin des deux abbés », on va revaloriser l’ancienne abbaye d’Héloîse et Abélard, on a essayé d’accueillir l’école privée alsacienne, maintenant on va essayer, en substitution, de faire venir un lycée privé catholique.

Ne va-t-on pas augmenter le séparatisme social ? ainsi on pourra doubler les effectifs du collège sainte-geneviève, qui en constitueront le vivier naturel. Il s’agit d’attirer vers la ville des classes moyennes, bien utiles désormais pour financer les projets, et les projets augmenteront l’attractivité de la ville dans une boucle vertueuse.

Ces nouvelles classes moyennes auront pour première motivation un centre-ville agréable, et la possibilité de se séparer du reste de la population pour leurs enfants qui iront dans ces écoles privées élargies.
C’est une forme de pragmatisme, bien loin de l’idéologie que l’on pouvait attendre. Mais il est vrai que, je m’en rends bien compte, les « classes populaires », servent de repoussoir, autant en raison du niveau des enfants, que de la peur d’une culture identitaire qui semble aller dans l’autre sens que celui du progrès constant que nos générations ont connu. Quand j’étais enfant, on discutait de la mini-jupe, aujourd’hui, c’est la burka qui est au centre des discussions, mais comme dans le discours inversé de celui qui était tenu dans les années 60.

Est-ce une reconquête, ou une « reconquista » ? ou peut-être un équilibre délicat entre une prise en compte de demandes sociales qui ont abouti à un vote à 50% pour Hollande dans certains quartiers, et la nécessité de retrouver une mixité sociale qui est devenue indispensable à une ville qui ne peut accepter que montent des revendications identitaires, et que le statut de la femme soit en décalage trop important avec la société française.

Les municipalités se succèdent, mais les contraintes demeurent, et l’on cherche la même voix. Ce sont les mêmes projets. On se réveille brusquement dans une ville qui ne ressemble plus à l’idée que l’on se faisait d’une ville française, et l’on constate que certaines classes sociales manquent, bien nécessaires à un rééquilibrage.

Ce dessin m’est venu spontanément, il peut sembler absurde, mais l’absurdité est le propre du dessin d’humour. Je m’étonne parfois de constater combien les dessins traversent le temps, et trente ans après trouvent une étonnante actualité, et ce sont les plus absurdes les plus pertinents, parce qu’ils lèvent notre autocensure habituelle, pour laisser les images s’entrechoquer.