triton95

un regard sur le monde

Archive for février 2009

l’ile de Paques sur Seine

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Je suis fasciné par ces étranges statues sur les bords de Seine à Bercyy. On croirait des représentations anciennes, incongrues dans ce quartier moderne et paysager. A Paris, le vieux se modernise en permanence, et l'art premier rejoint l'art moderne. On est dans le futur et dans un lointain passé à la fois.

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Written by Le blog de Jean Trito

8 février 2009 at 16:22

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réflexions sur la biographie

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Comment fracasser une ligne biographique ordinaire, pour en faire autre chose ? La première méthode simple est de ne pas raconter de manière linéaire, mais percuter les époques, lier des moments éloignés par un même sentiment, introduire des cassures dans une brève période de temps, jusqu'à la rendre ainsi plus complexe et plus dense. On peut multiplier les points de vue, introduire plusieurs niveaux, du simple événement individuel, jusqu'au contexte planétaire, c'est le filigrane qui enrichit l'histoire banale d'individus. Je ne comprends pas comment on peut écrire des romans historiques, décrire des époques que l'on n'a pas vécues, mêmes pas par le souvenir de ceux qui nous ont précédés. Une vie complète est un matériau riche, car l'on ne comprend jamais tout des évènements qui ont parsemé notre vie, qu'ils soient généraux, mais je ne suis pas certain que les thèses des historiens, tout comme les futurs romans historiques sur notre temps, nous aideraient beaucoup. De même, sur les personnes, on apprend parfois des années après des choses sur des gens, qui nous expliquent, mais bien tard, ce que l'on n'avait pas vu, pas su, pas compris de leur comportement à l'époque, comme des secrets qui surgissent longtemps après.

Jeune, j'ai souvent été impatient que surgissent enfin les écrivains de ma génération, qui pourraient décortiquer l'époque, faire sentir certaines choses qui m'auraient échappé, la fin ultime de certaines choses que je n'ai pas su formuler. Houellebecq, Jonathan Coe ont rempli ce rôle, Lauzier pour la période des années 70 durant laquelle je n'étais qu'un adolescent. Ces années ont été riches, de films, de livres, de gens, de voyages, et de marches dans Paris qui en ont constitué le fil rouge.

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Written by Le blog de Jean Trito

8 février 2009 at 16:16

le passeur

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Sur un vieux mur d'Argenteuil, il y a ce bas-relief du moyen-âge, qui représente le passeur, celui qui permettait aux voyageurs de traverser la Seine. On pourrait aussi y voir un passeur d'âmes, un symbole religieux. Je ne voyage plus, mais j'essaie de rester attentif à ces signes d'un temps ancien, qui nous parle d'autres temps disparus à jamais. Avec le net, ce qui est près de chez moi, est le bout du monde pour mon lecteur. Le net rend exotique ce qu'il touche. La ville a mal conservé ses vestiges de cette époque, mais ces quelques traces sont émouvantes.

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8 février 2009 at 16:13

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un souvenir sur une illusion des années 80

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Je parlerai brièvement de D.. Nous étions jeunes arrivants à Paris, il sortait de la même école que nous, mais avait la quarantaine fatiguée. Je l'ai croisé lors de ces rencontres que nous improvisions sur un coin de table, dans le foyer où nous logions, ou dans un studio fraichement acquis. Vous mettez sur une table un plat simple, un peu de vin, vous réunissez quelques jeunes hommes, et l'ambiance est garantie et sans façon. Il a commencé à nous tenir un discours d'époque, sur l'intérêt de former des réseaux d'école, pour entretenir l'amitié, et puis pour éventuellement monter des projets communs, en mutualisant des capitaux. Il tenait tellement mieux l'alcool que nous, mais ce n'était pas une qualité, il était tellement plus imprégné aussi. Il avait un projet d'entreprise bien dans l'air du temps, monter une entreprise de services de formation, et travailler pour des grosses entités en utilisant les relations de chacun. IL était entre la manipulation et la mythomanie, parce que je pense qu'il a fini par se manipuler lui-même. Il nous a promené en camionnette, de son foyer où il nous a montré ses BD de Wolinski, son idole, ses films X, devant sa femme soumise, jusque dans les bars les plus perdus de Paris, entre le claque et lieu de réunion pour paumés de luxe. Ancien soixante-huitard, il s'était reconverti dans l'idéologie des années 80, pour s'y perdre également. Nous l'avons aidé à déménager son local, disons à déplacer quelques cartons, activité dont nous n'avons pas compris la signification. Son histoire s'est terminée de manière sordide, comme elle semblait n'aller nulle part d'ailleurs, sa femme l'a quitté, il a été viré de son entreprise où il aurait piqué du matériel, et est mort finalement d'une crise cardiaque. Le plus terrible de cette histoire était le regard de sa petit fille qui venait l'implorer de ne pas repartir, lorsque nous avons quitté son domicile pour partir dans des bourlingues de nuit, complètement éméchés, et chantant Brel à tue-tête dans le véhicule.

Nous évoquons souvent cette histoire, elle est représentative de cette période et de la génération 68, comme si l'idéologie en avait été facile à recycler dans cette illusion de la créativité entrepreneuriale.

Bien sur si je n'avais pas été aussi jeune, je n'aurais pas été sensible à cette histoire tragique, de quelqu'un qui se perd, et maintenant, il me semble que le temps me rendrait de moins en moins patient pour écouter de tels projets.

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8 février 2009 at 16:03

le management, Bourdieu, Boudon

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Avec la valorisation du financier, nous avons aussi subi le bric à brac du management, du développement de la performance individuelle à l'intérieur du travail d'équipe, d'un oxymore impraticable. Je me demande comment on rationalise le recrutement, je pense que les recettes sont plus simplistes que dans les savantes analyses du CV et de l'entretien, comme s'il s'agissait d'une méthode, alors que l'on colle toujours plus ou moins quelques filtres personnels sur le candidat, et que les avis réels sur un candidat peuvent varier considérablement d'une personne à l'autre. Comme me le disait un ancien chef, l'âge est quand même le critère le plus important, et l'on ne rapproche que rarement l'impression que l'on a eu à l'entretien des performances véritables que déploie le candidat par la suite. Je ne sais pas si cette accumulation de méthodes nous a apporté plus que notre réflexion personnelle, ou est-ce qu'il a contribué à nous formater davantage. Entre le management enseigné et le management pratiqué, il y a parfois un gouffre, la réflexion des praticiens étant encore ce que l'on peut le plus facilement utiliser, les méthodes avec des grilles à créer et à remplir pour définir des typologies s'arrêtent souvent à l'état théorique.

Je me souviens de méthodes d'évaluation où l'on devait fractionner les fonctions de l'agent en une multitude de tâches, et identifier les écarts entre compétences et fonctions, afin de combler les écarts en définissant les formations nécessaires. Cela me semblait couper un malade en tranches fines pour voir au microscope de quoi il souffre.

Les préparations aux entretiens avaient quelque chose d'un passage sous le joug, où l'on ne remettait pas en question l'examen, on ne le désacralisait pas pour comprendre comment jouer avec, comment faire la pirouette devant le jury, il était présenté comme un niveau à atteindre, c'était à nous de nous élever, comme s'il n'y avait pas de codes derrière une telle épreuve.

La compréhension des codes sociaux, je crois que c'est la plus grande avancée de sciences sociales qui a pu marquer notre génération. Les classes d'avant étaient plus nettement séparées, comment conserver une relative reproduction sociale dans un monde aussi mêlé que celui des années 70. Bourdieu nous a donné les règles du jeu, avec beaucoup de déterminisme, et donc de pessimisme. Cette grille est encore valable aujourd'hui, pour analyser les questions de distinction, mais les classes sociales ont cessé de coexister, elles se sont séparées par l'adresse, l'accès à l'enseignement privé. L'adresse est devenus le référent social le plus important, l'échelle unique de hiérarchisation sociale. Pour Boudon, adversaire de Bourdieu, il faut analyser les phénomènes sociaux comme la somme de mouvements individuels, la rationalité individuelle explique le mouvement d'ensemble. Ainsi l'accroissement des diplômes diminue la mobilité sociale, parce que les enfants les plus aisés obtiennent relativement plus de diplômes dans un système qui en distribue davantage, et occupe davantage de postes de diplômés en pourcentage, du fait que leur nombre n'augmente pas en même temps que celui des diplômés. S'il ne s'intéresse pas au rôle des codes sociaux dans la réussite scolaire, il ne nie pas que les résultats scolaires sont meilleurs avec le niveau social, les adversaires sont donc complémentaires.

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8 février 2009 at 16:00

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le grand changement des mentalités des années 80

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L'évolution des mentalités qui a été la plus saisissante depuis la fin des années 70, ce fut la valorisation, sinon de l'entreprise, du moins du système financier. Je soupçonne qu'il y a bien quelques intérêts bien investis dans les medias qui ont permis ce façonnage des esprits, mais il semble que les mécanismes incompréhensibles et incomplets de la finance aient fascinés ces générations. On a confondu la valorisation boursière, et la vraie production de richesses, lesquelles ne sont pas toujours des richesses bien utiles. Le journal des jeunes gens modernes, « Actuel » valorisait le travail sans fin, la création d'entreprises, la bourse, comme si l'on avait perdu d'une génération à l'autre, ce que les questionnements des années 60/70 sur les finalités de l'économie avaient d'intelligents malgré leurs excès. On a monté en épingle de fausses valeurs, des vautours des affaires qui n'ont jamais géré d'affaires, dont le nom incarnait la réussite, l'air du temps, alors qu'ils n'étaient sans doute, sous leur nom de paille qu'un abri commode pour des capitaux sans visage. Déjà, les études de gestion avaient un côté « bourrage de crâne » dont je m'étonnais que mes camarades de cours ne le perçoivent plus, présenté comme un idéal de vie, où la rationalité du management était forcément épanouissante et censée combler tous les besoins de l'individu, alors qu'il s'agissait en fait de se couler dans un système. Ces années nous auront fait passer de la fin des religions à la religion du système.

Cette ambiance, que l'argent était merveilleux, qu'il fructifiait tout seul, comme si des adultes devaient être aussi naïfs que Pinocchio écoutant le chat et le renard lui expliquer que l'argent planté en terre donnait des fruits encore plus merveilleux. Quand on découvre à la suite de scandales financiers selon quels mécanismes les « Mozart de la finance » ont géré certains fonds, on se demande si les adultes de notre époque ne sont pas des Pinocchio lorsqu'ils sont face à la finance. Je me remémore les discours entendus pendant toutes ces années, sur l'amérique et la facilité à y gagner de l'argent, la promotion sociale facile, quand on sait que rien de tout cela n'a jamais existé.

La télévision a suivi ce mouvement, comme si elle était devenue moins critique, avec des émissions paillettes, des feuilletons américains, la mise en spectacle de la politique, qui a abouti à la quasi-disparition des débats d'idées en duel, soit parce que les idées ont disparu, soit parce que le bilan coûts/avantages d'un duel pour un homme politique est devenu très négatif, les risques étant immenses d'une perte totale de crédibilité, la chance d'un gain infime. Un diplômé du certificat d'études en retraite qualifierait la télévision de stupide, et d'abrutissante, où retrouve-t-on donc l'élévation du niveau d'études actuel dans ces masses acceptant ces programmes ? La distraction procurée par la télévision a quelque chose d'angoissant, un vide de nous mêmes ainsi révélé.

Le veau d'or a fasciné cette génération, comme ce politicien, fondateur d'un mouvement anti raciste, qui risque de tomber pour des détournements utilisés pour acquérir des centaines de milliers d'euros de babioles, du « bling bling » comme l'a astucieusement qualifié un journaliste pour évoquer les goûts bien kitsch du président Sarkozy.

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Written by Le blog de Jean Trito

8 février 2009 at 15:58

la vie est fractale

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L'activité principale quand on arrive à Paris, et ce durant des années, avant que l'on ne se stabilise, ce que l'on n'atteint parfois jamais, c'est la marche à pied1 dans des rues infinies. C'est une distraction, une nécessité, et bientôt un besoin, le moyen d'être toujours distrait, d'avoir un horizon qui change, de se créer le sentiment que l'on a fait quelque chose de sa journée, que l'on a voyagé, vu des gens. Pour beaucoup de diplômés qui s'installent, ne connaissent personne, et ont l'impression que les rencontres tiennent du plat de spaghettis-on croit que le spaghetti va nous apporter tout le plat-on tire sur lui, et il s'avère solitaire, la rue est le seul espace de liberté, d'évasion.

On peut aller d'un lieu à l'autre sans fin, s'arrêter dans un café, boire au zinc, en contemplant la variété des ambiances selon les heures, les rues, les saisons, repartir, visiter un truc culturel (les diplômés en sont friands, c'est un signe de distinction, comme les montres Rollex chez certains), feuilleter des livres dans une librairie. On peut varier ses itinéraires, on ne se baigne jamais dans la même ville, c'est le temps le plus plein. Marcher finit par vous occuper à temps plein, les autres activités ne constituent bientôt plus que des étapes à l'intérieur de cette activité générale, ou un prétexte.

On peut ainsi marcher durant des années, sans croiser quelqu'un, sans faire partie d'aucune communauté particulière, sans avoir construit quoi que ce soit, et continuer encore, et attendre encore beaucoup de ces marches dans la ville.

J'ai ainsi marché longtemps comme Forest Gump courrait, faisant parfois quelques émules, compagnons esseulés d'un voyage avec Nouvelles Frontières que l'on retrouve pour une bonne bouffe et une séance de diapositives. On croit avoir trouvé un filon, plein de bonnes soirées en perspective, des revoyures, un enrichissement de ses relations, et puis on se perd de vue rapidement, avalés par la ville, les changements d'adresse, de boulot, de préoccupations.

Ce temps d'errance semble infini, soit l'on réussit, soit l'on repart en province, soit l'on continue sur ce mode, et il y a des quinquagénaires qui vivent ainsi depuis leur jeunesse. On ne vieillit pas tant que rien ne change.

Entre ce parcours statique et les narrations, où le héros va d'une aventure à l'autre, passe d'un milieu à l'autre sans barrière, il y a la différence entre le roman et la vie réelle. Si vous êtes un lecteur, et que vous piquez d'écrire aussi, vous demandez à l'écriture non de restituer cette vie réelle, mais en la distordant, de lui faire dire davantage, de lui donner des profondeurs qu'elle possède, mais que l'on ne lit plus. Écrire, c'est prendre du banal et en tirer une sorte d'infini.

La vie est fractale, de chaque parcelle, on peut extraire la même complexité que de l'ensemble du monde.


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Written by Le blog de Jean Trito

8 février 2009 at 15:55