triton95

un regard sur le monde

Archive for août 2009

une histoire bien oubliée, même d’internet

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Je découvre cette étonnante information, en 1963, le docteur Keith Reemtsma de la Nouvelle-Orléans pratiqua une série de 12 greffes de rein provenant de chimpanzés. A l’époque, il n’était pas possible de procéder au prélèvement d’organes sur des comas dépassés, et ces patients bénéficiaires n’avaient pas de famille pour leur donner un rein, et la dialyse n’offrait pas assez de places disponibles. Et bien ces greffes réussirent aussi bien que les allogreffes de l’époque, et malgré l’absence d’immunosuppresseurs à cette époque, certaines de ces greffes tinrent plusieurs semaines, et l’une d’elles 9 mois. Il s’agissait d’une jeune institutrice de 23 ans, qui reprit son travail. Pendant ces 9 mois, elle vécut normalement, puis mourut d’un déséquilibre ionique, car le rein de chimpanzé n’avait pas la même physionomie que celui de l’humain, et les déséquilibres de fonctions imparfaitement remplies se sont accumulés au cours du temps. En France, le docteur Jules Traeger tenta cette xénogreffe à trois reprises, avec des survies des quelques semaines. Je m’étonne rétrospectivement, qu’avec les connaissances de l’époque, on ait pu réussir relativement ces opérations, malgré la barrière des espèces.
On peut trouver des documentaires sur le site de l’INA, je ne me suis rendu compte qu’en les regardant quelle charge émotive ils portaient.

http://www.ina.fr/sciences-et-technique … ie.fr.html

http://www.vodeo.tv/19-35-2181-xeno-greffe-recherche-en-cours.html

Ce vieux film en noir et blanc de Pierre Desgraupes me semble un film de science fiction, on y voit une greffe lyonnaise réalisée à partir des organes d’un chimpanzé, une image qui ne pourrait plus être montrée aujourd’hui. L’ina facture ce film 4€, alors que les réalisateurs ne sont peut-être plus vivants, et que les médecins étaient anonymes et non rémunérés. Il me semble que cela devrait faire partie du service public, que de donner un accès à de telles images.

L’on vante plutôt en ce moment la greffe à partir de donneurs vivants, qui me parait poser des problèmes éthiques plus importants que la xénogreffe. Ce qui arrête la mise en œuvre de cette technique, c’est le risque viral, mais que l’on ne sait estimer, dont on ne sait s’il existe, avec toutes ces alertes à la pandémie, tous les ans, comme Pierre criait au loup. En raison de l’augmentation des coûts de la dialyse, on devra bientôt se poser cette question là, car les budgets sociaux vont être réduits, dans ce cas, la xénogreffe s’imposera d’elle-même.

Parmi toutes ces histoires, il en est une qui me frappe, c’est celle de cette fille qui reçut une greffe  d’un rein de chimpanzé (en fait on greffait les deux reins pour augmenter la masse des néphrons, et avoir assez de puissance pour filtrer un corps humain). Je sens que peu avant sa mort Keith Reemtsma parlait encore de cette patiente avec une émotion retenue, et voulait expliquer le contexte de l’époque. Cette patiente sans nom, soit que l’histoire l’ait oubliée, soit que la famille ait demandé la discrétion, dort pour toujours dans l’oubli. Et pourtant, elle a vécu une aventure humaine unique, je me demande si les américains en ont fait un film, ou si un journaliste a recueilli son histoire. Je pense qu’elle mériterait d’être racontée, comme celle de Christopher Johnson McCandless dans Into the wild, par quelqu’un de talentueux et sensible, qui maitriserait suffisamment l’anglais pour rechercher ses traces, comment elle a vécu ces derniers mois, sans doute dans une petite ville des Etats-Unis, ce qu’elle espérait, ce qu’elle pensait. Peut-être Emmanuel Carrère pourrait-il s’y atteler, ou Russel Banks, Douglas Kennedy ou Noëlle Chatelet. Cette histoire, dont je ne sais rien, je n’ai pas même son nom, cette histoire m’inspire. Il faudrait qu’elle intéresse quelqu’un de talent, qui connaisse les Etats-Unis.

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