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un regard sur le monde

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Ma banque c’est big brother

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J’ai reçu une demande de ma banque, de renseignements personnels, mais qui allait bien au-delà de l’obligation légale fixée par l’arrêté du 2 septembre 2009.

« Arrêté du 2 septembre 2009 pris en application de l’article R. 561-12 du code monétaire et financier et définissant des éléments d’information liés à la connaissance du client et de la relation d’affaires aux fins d’évaluation des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme
NOR: ECET0918201A
« 2° Au titre de la connaissance de la situation professionnelle, économique et financière du client et, le cas échéant, du bénéficiaire effectif :
a) Pour les personnes physiques :
― la justification de l’adresse du domicile à jour au moment où les éléments sont recueillis ;
― les activités professionnelles actuellement exercées ;
― les revenus ou tout élément permettant d’estimer les autres ressources ;
― tout élément permettant d’apprécier le patrimoine ;
 »

Je me suis posé des questions, en constatant notamment que la lettre ne citait pas le texte fondateur, mais que l’opportunité légale avait été transformé en opportunité commerciale, le moyen de se constituer un fichier sur la vie privée des clients. Le fondement en est ce simple arrêté, ce qui me semble bien léger, et un vrai nid à contentieux.

Tout client de banque est en quelque sorte un terroriste présumé, c’est une extension infinie du domaine de la sécurité ou du commerce, je ne sais, et qui semble justifier une vaste opération de collecte de données complétement illégale. Les « conseillers financiers » me font parfois penser à des vendeurs de steak haché à la sauvette, aucun ne peut définir le contenu des produits vendus, ne sait de quoi il est constitué, et est rémunéré au pourcentage des ventes de produits financiers, ce qui me semble poser un sacré problème de conflit d’intérêts.

Written by Le blog de Jean Trito

18 juin 2011 at 10:53

HADOPI, un modèle orwellien pour contrer l’économie sociale ?

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Je remarque souvent que l’on fait désormais moins d’efforts pour assurer la sécurité des personnes que l’on est en train d’en faire pour surveiller le téléchargement. Il semble que les trafics de nos banlieues intéressent moins de gens que le téléchargement de la musique de Justin Bieber. Comment en est-on arrivé là ?
Le sens de l’économie est de tout faire rentrer dans le domaine du marché, en privatisant l’eau, l’air, la santé. Avec le téléchargement, on a assisté au phénomène inverse, car l’échange, le troc, le SEL, se sont substitué à l’économie marchande. Une atteinte à la règle de l’extension du champ du commerce en quelque sorte. Le troc de fichiers sur le net, comme on le ferait dans certaines organisations sociales, où chacun vide son grenier et échange ses objets, s’est avéré plus efficace que les systèmes marchands. Personne n’a réussi à mettre en place un dispositif de VOD aussi efficace que celui du peer-to-peer. D’une part les dispositifs offerts sont peu pratiques, on le voit lorsque l’on essaie de télécharger un documentaire de l’INA,mais en plus le prix élevé montre bien que le marché n’a pas été compris. Il n’est pas possible de maintenir des prix aussi élevés, des systèmes aussi contraignants, alors que la dématérialisation est totale. La plupart des gens visionnent les films sur leur ordinateur, ils ne sont pas prêts à payer un prix aussi élevé qu’au cinéma pour une consommation de plus basse qualité, destinée aux connaisseurs qui visionnent différemment d’un simple spectateur passif. On revient en arrière, on avance, on parcourt, ou alors on ne visualise qu’une partie du film qui nous a marqué. On revoit des vieux films, passés à la télé, mais en en conservant la possibilité de les voir quand on le souhaite. C’est donc la disponibilité, la simplicité, la modicité des prix, la quantité, que l’économie sociale du peer-to-peer permet. La privé ne parvient pas à cette efficacité d’un « marché » qui s’installe spontanément, par le service mutuel. Il y a une sorte d’escroquerie de la part des artistes de croire que la video peut rester un pont d’or, et qu’un système orwellien, destiné à cadrer toute la société, véritable police secrète, va pouvoir être moralement accepté par la jeunesse. Autrefois on se prêtait les livres, les disques que l’on enregistrait sur des cassettes au prix raisonnable. Qui pourrait imaginer que l’on pourrait trouver quelque part le pouvoir d’achat permettant de transformer tout téléchargement en paiement plein pot ? qui peut croire à cette fable ? Il est étonnant de constater la disproportion des moyens utilisés, alors que l’on supprime des enseignants dans le primaire, est-ce vraiment une allocation optimale des finances publiques ? Il y a un choix de société significatif et marquant, que l’on ne manquera pas d’analyser avec recul un jour. On a une ressource abondante comme l’air, on ne pourra obliger les gens à porter un masque. Si l’on ne développe pas une offre adaptée, permettant une large diffusion des œuvres et leur rémunération, je ne pense pas que l’on puisse continuer ainsi avec un tel outil qui consiste à effectuer des écoutes sans couverture légale claire. C’est peut-être aussi le modèle économique de l’œuvre qui n’est pas viable, et qui peut-être ne l’a jamais été sans mécène public ou privé.

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30 janvier 2011 at 17:16

Une génération qui ne regarde plus la télévision

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Un fait frappant est que les jeunes générations ne regardent pas la télévision, qu’elle semble de plus en plus réservée aux retraités. Le net est plus ludique, on ne reste pas passif, et puis le message ne passe peut-être plus. Notez que le plus grand succès de 2010 semble être le bouquin « indignez-vous » qui renvoie aux valeurs de ..la résistance, et à la mise en place des systèmes sociaux. Il semble d’ailleurs que les grands succès soient sinon des livres ésotériques comme « Da Vinci Code », Harry Potter », « Twilight », du moins des livres critiques du système social, et notamment du néo-libéralisme. Le vrai créneau d’aujourd’hui, c’est la critique d’un système dominant depuis 1980. Je relis Orwell, K Dick, et je me rends compte combien la science-fiction nous a plus préparés au monde d’aujourd’hui, que les romans classiques. Comme le disait Guy Debord, « Les rêves surréalistes correspondent à l’impuissance bourgeoise, aux nostalgies artistiques, et au refus d’envisager l’emploi libérateur des moyens techniques supérieurs de notre temps. ». Le net est ce qui permet de répondre au discours formaté dont une mince élite est propriétaire, c’est une technique, qui en attendant d’être domptée, permet d’apporter un discours neuf, sans censure préalable. Il faudra du temps au pouvoir pour maitriser complètement cette nouvelle technique, ce qui laisse le temps à qui veut se l’approprier d’un répit de liberté. Les techniques et les mentalités sont liées. En s’intéressant aux anticipations techniques, la SF nous permet de réfléchir à ce que pourrait devenir l’avenir social. C’est un formidable outil de prospective.

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1 janvier 2011 at 19:24

Le présent de la science -fiction

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L’art de la science-fiction, c’est imaginer les changements psychologiques et sociaux induits par la technique. On voit ainsi surgir du passé des auteurs qui avaient anticipé un autre monde, qui de futuriste à leur époque, devient de plus en plus notre présent. C’est ce cadre d’une société de surveillance, vue par Orwell, qui devient notre quotidien. Cette surveillance ne se réduit pas à traquer la délinquance, mais beaucoup plus l’homme ordinaire qui commettrait une faute contre la pensée conforme. De même, Silverberg envisage la solitude incommensurable de l’homme dans le labyrinthe, qui est désormais possible dans notre monde qui se déshumanise. Ces dystopies sont devenues réelles.

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20 novembre 2010 at 15:05

1984,plus prophétique qu’en 1948 ou qu’en 1984

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Je relis 1984, et je suis très frappé par ses qualités d’anticipation. Je l’avais déjà lu en 1984 justement, et elles me semblaient moins évidentes.

Ces écrans qui vous surveillent partout, cela fait penser à la video-surveillance, mais plus encore à HADOPI qui représente une sorte de droit permanent à installer des écoutes téléphoniques. La police de la pensée fait de plus en plus penser au formatage demandé aux cadres, d’une adhésion totale à l’entreprise. Vous pourrez de moins en moins penser en dehors des clous, surtout dans le milieu professionnel. Orwell explique que pour les membres du parti, il n’est pas possible de dévier d’un pouce, que le moindre geste est sous surveillance, que rien ne peut être toléré. On pense au formatage de certaines formations en business school. La novlangue existe déjà, il s’agit de tous ces euphémismes utilisés quasiment couramment : plan social, optimisation fiscale, restructuration. Le monde est en guerre, mais de manière limitée, surtout sans utiliser les armes de destruction massive, et cela permet de consommer un excès de production qui ne doit pas aller au peuple, ce qui le rendrait moins soumis. La société est hiérarchisée sur trois niveaux. 1984 s’est inspiré fortement du communisme, mais bizarrement, il décrit aussi un système mondialisé et néolibéral, lequel est un totalitarisme comme un autre, et semble avoir les mêmes effets.

Quelqu’un a déposé cette version télévisée du roman sur youtube, en anglais.

http://video.google.com/googleplayer.swf?docid=-5464625623984168940&hl=fr&fs=true

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1 novembre 2010 at 07:46

Publié dans littérature

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La communication sans l’expression

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Le travail que nous effectuons sur notre expression va dans le sens constant d’un lissage, d’une abstention progressive de tout ce qui pourrait faire saillie. Nous sommes passés de l’expression à la communication, cette manière de dire sans penser le contenu, en évitant tous les mots de division, et en mettant constamment en valeur, en présentant toute chose de manière positive, comme si tout était positif. Un licenciement devient un nouveau challenge, une mobilité obligatoire n’est pas un déracinement, mais une chance d’augmenter son potentiel. Power-point est le logiciel de notre temps, celui de la communication. J’ai toujours été frappé par cet instrument qui permet d’asséner des phrases creuses, et surtout permet qu’elles ne deviennent pas trop ennuyeuses grâce au côté ludique de la projection. C’est une sorte de prompteur pour l’assistance, qui au lieu de guider leur voix dirige leur attention. Certains textes, certains fascicules issus des officines des communication sont si lisses que c’est comme s’ils n’avaient pas au sens propre de contenu ; toute vie s’est échappée du sujet. Plutôt que de compulser ce type de publications, on en vient à préférer pouvoir évoquer les sujets traités durant les deux minutes d’un café pris à la machine. Certains documents chiffrés se parsèment de littérature, qu’une fois validée par les différentes chaines de commandement, on recopiera d’année en année. Là où les chiffres définissaient et fixaient les choses, on comble les interstices avec du bavardage qui soit répète ce que les chiffres disaient de manière plus concise, soit distraient la pensée de ce qu’ils révèlent véritablement.
De manier cette prose sur-relue, on en vient parfois à se sentir amputé de la capacité d’expression qui permet d’exprimer les choses, les sentiments, les réflexions, qui vise à rendre les autres plus intelligents, à partager la nôtre. On en vient à sentir son vocabulaire appauvri, « lissé », et comme la novlanque d’Orwell, se demander si le lissage infini des mots n’a pas fini par lisser également toute capacité de pensée.

Written by Le blog de Jean Trito

30 septembre 2010 at 20:58

Publié dans management

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relire Orwell

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1984
George Orwell

la novlangue est une langue dont le vocabulaire s'appauvrit pour réduire la capacité de pensée
Elle emploie un terme positif pour masquer la réalité : la paix c'est la guerre, la liberté c'est la contrainte
le mot "moderniser" relève de la novlangue
Sarko à Disneyland ? c'est moderniser la politique
licencier ? c'est moderniser les entreprises
diminuer la prise en charge des soins ? c'est moderniser la sécurité sociale

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Written by Le blog de Jean Trito

29 décembre 2007 at 21:38

Publié dans vagabondages

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