triton95

un regard sur le monde

Saint-Etienne, le lycée du portail rouge, années 70

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Ce n’est pas vraiment avec nostalgie que je l’évoque, je le vois encore comme un grand bâtiment, typique de l’architecture de ces années là, et pas à taille humaine pour moi. Je me souviens des courses incessantes d’une classe à l’autre, car l’enseignant était immobile, et tout le reste était en mouvement.

Rétrospectivement, c’est peut-être le regard d’Annie Ernaux qui m’apporte aujourd’hui le meilleur éclairage sur ces années, je crois qu’il y a quelque chose de sa jeunesse en moi, peut-être encore en pire.

J’essaie d’extraire cela quelques bons souvenirs, comme celui de Monsieur M qui nous avait appris à aimer le français et le latin, mais que cette adolescence « d’autrefois » me semble triste rétrospectivement, je ne crois pas que je garde de bons souvenirs de ce temps là, et je m’en rends compte sur copaindavant, où mes condisciples contactés ne respirent pas la nostalgie. Je veux bien croire que je suis atteint d’hypermnésie, et que c’est une mauvaise chose, car on n’oublie rien d’autant de mauvais souvenirs, rien ne disparait.

Une flamme olympique orne l’accueil de l’établissement qui a reçu depuis le nom d’un grand technocrate européen, et je vois encore les multiples fenêtres bleues alignées à l’infini, dans ce béton d’un seul bloc.En quittant la primaire, j’ai eu l’impression de rentrer à l’usine, dans un monde où je me suis épanoui intellectuellement que sporadiquement.

J’ai regardé le classement du figaro ou de l’express, je ne sais plus, et j’ai constaté sa décadence, qui le place tout en bas des classements. Etait-ce le cas à l’époque, ce n’est pas certain, bien que les familles faisaient des pieds et des mains pour rentrer à Claude-Fauriel. Il était réputé gauchiste, mais les quelques gauchistes étaient ce qu’il y avait de plus sympathique. Il était difficile de s’y plaire, le système de classement des niveaux de 1 à 13 faisait que les classes étaient très différentes, et triées en quelque sorte. J’avais choisi, ou plutôt, on m’avait conseillé allemand pour être dans une classe forte, et un prof disait de nous en conseil de classe « ils ne se font pas de cadeaux », et c’était une appréciation des plus justes.

Alain Peyrefitte écrivait dans « le mal français » que la France voyait ses conditions s’égaliser, que l’on ne différenciait plus le bourgeois du prolétaire à l’école, c’était vrai, il y avait davantage de mélange social, mais les différences étaient plus sourdes et dissimulées, plus hypocrites qu’à notre époque où l’argent fait plus clairement la différence, puisque les classes n’habitent plus les mêmes quartiers.

Je regrette que cette époque de formation ne m’ait pas laissé que de bons souvenirs, et cette insatisfaction a fait que je me sens en grande partie un autodidacte, que j’ai du rechercher en grande partie par moi-même des réponses que l’école ne pouvait me fournir. Même si avoir été dans la meilleure classe présente des avantages, qu’il y a eu une concurrence, je ne l’ai pas trouvé stimulante, parce qu’elle s’est souvent résumée à des mesquineries, du bachotage, sans véritable émulation.

J’ai été frappé par l’attention apportée aux mathématiques, sur lesquelles il fallait mettre tout l’effort, sans une compréhension véritable, de manière opérationnelle en fait, et qui semblait nous dessécher de toute vraie vie intellectuelle. Quelque chose de la scolastique.

Certains cours étaient de vrais plaisirs comme la physique au lycée, plus passionnante que les maths et sans la pression de l’enjeu du classement, et donc du déclassement, la biologie, les lettres, et l’histoire, quand le prof savait nous captiver, l’enseignement est une forme de théâtre, et on peut y briller plus ou moins.

C’est une grande morosité en fait qui me saisit à ce retour sur ce passé, tant personnel, que lié à l’ambiance, parmi tous nos souvenirs ceux de l’enfance sont les pires, chantait Barbara. Je revois avec plus d’émotion d’autres écoles de la ville, mais mon passage au lycée, en sept ans, fut le passage le plus difficile de ma vie.

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Written by Le blog de Jean Trito

11 décembre 2011 à 23:02

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