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Littératures et siècles

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La littérature a épousé son siècle, à moins que ce ne soit l’inverse§.

Montaigne, au XVIème siècle, le temps des découvertes, de la première mondialisation, de l’ouverture au monde, du brassage des constats et des idées, en passant du coq à l’âne. Montaigne est le premier blogueur, qui semble avoir écrit en utilisant google, agrémentant ses réflexions d’exemples invraisemblables, de moeurs étranges de tribus lointaines.

Le XVIIème et le XVIIIème siècle, et leur littérature de cour, leurs interrogations théoriques, de cabinet, traduisent un monde fermé et farriné. Les épistoliers sont rois, c’est une littérature facebook.

Le XIXème siècle brasse des sociétés entières, de la cave au grenier, et s’intéresse à toutes les classes sociales dans d’immenses fresques qu’aucun contomporain ne pourrait réaliser. C’est l’époque de la littérature totale, qui tient de la place de nos livres, nos journaux, notre cinéma, et l’ensemble d’Internet.

Le XXème siècle, avec deux géants, Proust et son monde fermé, mais plus ironique que celui du XVII et XVIII, et Céline et tous les drames du XXème siècle, la guerre, le monde moderne, la banlieue, et ce sentiment d’être seul dans un siècle de furie.

La fin du XXème siècle, avec Houellebecq, et l’homme devenu seul et isolé, désabusé des libérations qui l’ont aliéné.

Que sera la littérature du XXIème siècle ?

Un retour à un Montaigne foisonnant, représenté par une sorte d’hypertexte, dont seront absents les grands leaders littéraires, qu’Internet ne permettra plus de faire émerger à titre individuel, parce que tout le monde sera lié à tout le monde ? la littérature sera collective ou ne sera pas, seule peut-être les voix intimes et chuchotées pourront encore se faire entendre dans ce fracas. Il se peut aussi que la littérature réaliste du XXIème siècle reprenne ce que la science-fiction et les visionnaires des siècles précédents ont pressenti, que ce qui était le genre, devienne majeur.

Written by Le blog de Jean Trito

31 mars 2013 at 08:45

« Shame », un héros houellebecquien

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Ce film n’est pas passé inaperçu, œuvre du plasticien Steve Mac Queen, on remarque la maitrise de l’image et des lumières. Le personnage ressemble à celui d’american psycho, il semble exercer les mêmes fonctions professionnelles dans la vie, et leur vie semble comparable. Toutefois, le héros incarné par Michael Fassbender est bien plus crédible, il conserve une allure affable et bien élevée, jamais agressif. Il semble être pris dans une vie routinière et épuisante, sans variété. Le sexe est son seul désir, son seul plaisir, mais je ne suis pas certain qu’il ne faille voir dans ce film que le roman d’une addiction, d’une anomalie, car il ressemble un peu à tous les hommes jeunes que l’on croise dans les grandes villes, occupant une situation professionnelle correcte, mais dont la vie est un désert, une « ultramoderne solitude », un sujet houellebecquien même si le héros semble vainqueur dans cette extension du domaine de la lutte, comme un frère chanceux du héros de Houellebecq.

Ses rapports avec les autres, les femmes sont presque teintés d’insensibilité, et sinon, le sexe n’est plus possible. Le réalisateur britannique, car un américain ne saurait tourner ainsi un tel sujet sans pathos et sans moralisme, nous filme une ville presque déserte, sous les lumières. La soeur est le pendant paumé de Michael Fassbender, dans une interprétation déchirante et lente de New York-New york. Un grand réalisateur est né.

Written by Le blog de Jean Trito

1 mars 2013 at 19:30

réflexions sur la biographie

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Comment fracasser une ligne biographique ordinaire, pour en faire autre chose ? La première méthode simple est de ne pas raconter de manière linéaire, mais percuter les époques, lier des moments éloignés par un même sentiment, introduire des cassures dans une brève période de temps, jusqu'à la rendre ainsi plus complexe et plus dense. On peut multiplier les points de vue, introduire plusieurs niveaux, du simple événement individuel, jusqu'au contexte planétaire, c'est le filigrane qui enrichit l'histoire banale d'individus. Je ne comprends pas comment on peut écrire des romans historiques, décrire des époques que l'on n'a pas vécues, mêmes pas par le souvenir de ceux qui nous ont précédés. Une vie complète est un matériau riche, car l'on ne comprend jamais tout des évènements qui ont parsemé notre vie, qu'ils soient généraux, mais je ne suis pas certain que les thèses des historiens, tout comme les futurs romans historiques sur notre temps, nous aideraient beaucoup. De même, sur les personnes, on apprend parfois des années après des choses sur des gens, qui nous expliquent, mais bien tard, ce que l'on n'avait pas vu, pas su, pas compris de leur comportement à l'époque, comme des secrets qui surgissent longtemps après.

Jeune, j'ai souvent été impatient que surgissent enfin les écrivains de ma génération, qui pourraient décortiquer l'époque, faire sentir certaines choses qui m'auraient échappé, la fin ultime de certaines choses que je n'ai pas su formuler. Houellebecq, Jonathan Coe ont rempli ce rôle, Lauzier pour la période des années 70 durant laquelle je n'étais qu'un adolescent. Ces années ont été riches, de films, de livres, de gens, de voyages, et de marches dans Paris qui en ont constitué le fil rouge.

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Written by Le blog de Jean Trito

8 février 2009 at 16:16