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Folle jeunesse

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D23BMsWXcAAODFFCette affaire Loiseau me ramène 35 ans en arrière, quand j’étais étudiant à Lyon. La gauche avait ete élue deux ans auparavant, et cela suscitait des irritations chez certains « les communistes ont tout noyauté », mais le mot qui revenait le plus souvent, le mot-valise était « démagogie », tout était démagogique dans l’action du gouvernement (avec le recul, cela nous fait plutôt rire). Un prof, qui enseignait également à Sciences po Lyon nous dit : en quelques années, les opinions ont changé, des etudiants quu étaient très à gauche sont devenus très à droite, à l’extrême-droite même. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’état d’esprit de Loiseau à l’époque, et que le décalage du temps ne permet plus d’expliquer. L’adhésion à l’extrême-droite traditionnaliste était une réaction à l’élection de Miterrand qui semblait menacer les valeurs et le train de vie bougeois.

Written by Le blog de Jean Trito

25 avril 2019 at 06:51

L’entrepreneur paradigmatique

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Les années 80 durent depuis trente ans. L’entrepreneur paradigmatique est né avec elles, et son ascension a été parallèle à celle de Jean-Marie Le Pen, comme un utile complément, ou un moyen de le valoriser en lui offrant un adversaire à sa mesure, et qui pourrait valoriser son image, un double inversé. L’entrepreneur paradigmatique donne des leçons sur tout, mais personne ne peut expliquer quelle entreprise il a vraiment dirigé, ou créé. Celui que l’on a choisi comme l’entrepreneur paradigmatique n’est que le faux masque de capitaux qui s’avancent masqués, sur des spéculations financées sur fonds publics, et dont il tient la plume et le crachoir. Personne ne sait d’où il vient, sa biographie sur wikipedia ressemble à une success story à l’américaine, et tout y est improbable. Personne ne sait s’il a un certificat d’études ou un diplôme d’ingénieur dont il se réclame. Personne ne note qu’il est invraisemblable qu’il soit aussi diplômé et que sa seule carrière professionnelle connue soit celle d’un vendeur de télés et de frigos, comme si un diplômé des années 60 n’avait pas eu d’autre débouché, ou alors peut-être un immense amour de l’entreprise l’a poussé.

Il a tout fait, chanté comme Raël, donné son nom à des entreprises de dépeçage, reçu d’organismes officiels jusqu’au premier centime de ses spéculations, et lorsqu’il perdait ses procès, le monarque lui a octroyé des fortunes, qu’il a placées hors du pays. Il a été partout où il y avait des caméras, aucun biographe ne sait d’où vient son argent, comme si cela n’était pas la question essentielle, comme si l’on pouvait faire du journalisme qu’en ne décrivant le reflet des apparences dans l’oeil du public.

L’époque du « retour de l’entreprise » s’est choisi un dépeceur comme exemple de la volonté d’entreprendre, dans cette ironie tragique d’une époque fallacieuse, au miroir sans tain de la falsification. Le néolibéralisme publicitaire s’est doté d’une icône falsifiée.

L’entrepreneur paradigmatique n’est qu’un vêtement vide, dont on ne sait même pas s’il existe sous cette identité, s’il n’est pas que l’homme de paille d’un système qui devait briser l’homme, et le projeter dans un système qui serrera l’étau sur lui chaque jour davantage.

Written by Le blog de Jean Trito

14 septembre 2012 at 21:31

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Piketty a raison, la France devient un pays de rentiers

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oui, Piketty nous propose un bon article sur la situation en France, moi aussi je ressens très fortement ce passage d’un système méritocratique à une société d’héritiers et de rentiers. J’ai vu le pays ainsi évoluer au cours de ma vie, depuis les années 80 notamment. Auparavant, on ne connaissait pas de telles inégalités, et Paris n’était pas devenu un musée inaccessible.

Written by Le blog de Jean Trito

8 novembre 2011 at 22:16

Publié dans Non classé

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La France de Marine

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Pour continuer mon classement par décennie, je dirais qu’après les années 70, les années 80 superficielles et tapageuses durent depuis trente ans. Autant les années 70 vantaient l’authenticité, autant ce qui a suivi fut d’artifice. Aujourd’hui avec ce sondage donnant Marine Le Pen en tête quelque soit le candidat présent en face, on atteint le fond, notre bucher des vanités. Différentes analyses nous expliquent soit qu’il faut absolument présenter D Strauss-Kahn, soit que le candidat restant pourra gagner sans programme. On dit que le FN n’a pas de programme social et économique, mais où est celui des autres candidats ? Ceux qui s’imaginent que le report de voix sur le « candidat démocrate » sera automatique, pourrait avoir des réveils douloureux. Les thèmes de gauche, anti-européens, protectionnistes, de protection du marché du travail ont été récupérés, sans que personne n’y prenne garde, par le FN. Elle a su couper les liens avec le passé, la guerre, et jouer l’alliance avec Israel afin de ne pas être diabolisée par les medias aussi facilement que son père à chaque dérapage. Elle a ainsi rompu avec Alain Soral, qui avait choisi l’autre camp. Elle ne fera pas d’allusion antisémite, puisque son cheval de bataille sera l’islam, ce débat qu’on a voulu lui servir sur un plateau, mais qu’elle ne prendra peut-être pas. L’anti islam actuel qui rappelle furieusement l’antisémitisme des années 30, il occupe la même fonction, sans que personne ne fasse le rapprochement. Je crois que l’on pourrait juxtaposer les deux discours par-dessus l’abîme du temps, et l’on serait surpris des similitudes. Elle ne dérapera pas, mais elle en entrainera beaucoup sur une pente bien glissante, et une France que l’on n’aurait pas imaginé, quand dans les années 70 on réclamait la simplicité et la vérité, que l’on était critiques, et exigeants.

Written by Le blog de Jean Trito

8 mars 2011 at 23:05

Les années 80

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Les années 80 furent le contrepoint des années 70. Ce que les années 70 ont cru subvertir par la révolution, les années 80 l'ont fait par l'insignifiance. Les années 70 se sont voulues authentiques, les années 80 ont érigé l'artificiel en idéal. Les cheveux étaient longs, ils devinrent courts et teintés de couleurs fluo. Eurythmics représentait la féminité androgyne de l'époque, et "Actuel", qui à la manière du net actuel pouvait monter tout fait en épingle, fut son journal. Ces années 80 ont professé les antivaleurs de la décennie précédente : le travail comme une drogue et la bourse comme un but. Les boites furent les temples de ces années là, parce qu'elles sélectionnaient sur "le look", cette manière de croire que l'habit est le moine., .Tapie et ses fausses valeurs  fut son gourou, après que Montand échoua pour s'être fait payer cher pour dire que les smicards gagnaient trop d'argent. Le SIDA ferma la porte de la décennie précédente, définitivement. Elles furent les années d'une certaine ivresse, de la fête, du fric, du tape à l'œil, le bécébégé et le rallye devinrent un modèle pour la société, ce qui était ranci en 70 devint "in" et fit l'objet de manuels de savoir-vivre. J'eus vingt ans dans ces années là, et ce fut quelque chose de funèbre. Ce fut une époque dont nous portons la gueule de bois aujourd'hui.

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Written by Le blog de Jean Trito

15 novembre 2009 at 05:09

un souvenir sur une illusion des années 80

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Je parlerai brièvement de D.. Nous étions jeunes arrivants à Paris, il sortait de la même école que nous, mais avait la quarantaine fatiguée. Je l'ai croisé lors de ces rencontres que nous improvisions sur un coin de table, dans le foyer où nous logions, ou dans un studio fraichement acquis. Vous mettez sur une table un plat simple, un peu de vin, vous réunissez quelques jeunes hommes, et l'ambiance est garantie et sans façon. Il a commencé à nous tenir un discours d'époque, sur l'intérêt de former des réseaux d'école, pour entretenir l'amitié, et puis pour éventuellement monter des projets communs, en mutualisant des capitaux. Il tenait tellement mieux l'alcool que nous, mais ce n'était pas une qualité, il était tellement plus imprégné aussi. Il avait un projet d'entreprise bien dans l'air du temps, monter une entreprise de services de formation, et travailler pour des grosses entités en utilisant les relations de chacun. IL était entre la manipulation et la mythomanie, parce que je pense qu'il a fini par se manipuler lui-même. Il nous a promené en camionnette, de son foyer où il nous a montré ses BD de Wolinski, son idole, ses films X, devant sa femme soumise, jusque dans les bars les plus perdus de Paris, entre le claque et lieu de réunion pour paumés de luxe. Ancien soixante-huitard, il s'était reconverti dans l'idéologie des années 80, pour s'y perdre également. Nous l'avons aidé à déménager son local, disons à déplacer quelques cartons, activité dont nous n'avons pas compris la signification. Son histoire s'est terminée de manière sordide, comme elle semblait n'aller nulle part d'ailleurs, sa femme l'a quitté, il a été viré de son entreprise où il aurait piqué du matériel, et est mort finalement d'une crise cardiaque. Le plus terrible de cette histoire était le regard de sa petit fille qui venait l'implorer de ne pas repartir, lorsque nous avons quitté son domicile pour partir dans des bourlingues de nuit, complètement éméchés, et chantant Brel à tue-tête dans le véhicule.

Nous évoquons souvent cette histoire, elle est représentative de cette période et de la génération 68, comme si l'idéologie en avait été facile à recycler dans cette illusion de la créativité entrepreneuriale.

Bien sur si je n'avais pas été aussi jeune, je n'aurais pas été sensible à cette histoire tragique, de quelqu'un qui se perd, et maintenant, il me semble que le temps me rendrait de moins en moins patient pour écouter de tels projets.

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Written by Le blog de Jean Trito

8 février 2009 at 16:03