triton95

un regard sur le monde

un souvenir sur une illusion des années 80

leave a comment »


Je parlerai brièvement de D.. Nous étions jeunes arrivants à Paris, il sortait de la même école que nous, mais avait la quarantaine fatiguée. Je l'ai croisé lors de ces rencontres que nous improvisions sur un coin de table, dans le foyer où nous logions, ou dans un studio fraichement acquis. Vous mettez sur une table un plat simple, un peu de vin, vous réunissez quelques jeunes hommes, et l'ambiance est garantie et sans façon. Il a commencé à nous tenir un discours d'époque, sur l'intérêt de former des réseaux d'école, pour entretenir l'amitié, et puis pour éventuellement monter des projets communs, en mutualisant des capitaux. Il tenait tellement mieux l'alcool que nous, mais ce n'était pas une qualité, il était tellement plus imprégné aussi. Il avait un projet d'entreprise bien dans l'air du temps, monter une entreprise de services de formation, et travailler pour des grosses entités en utilisant les relations de chacun. IL était entre la manipulation et la mythomanie, parce que je pense qu'il a fini par se manipuler lui-même. Il nous a promené en camionnette, de son foyer où il nous a montré ses BD de Wolinski, son idole, ses films X, devant sa femme soumise, jusque dans les bars les plus perdus de Paris, entre le claque et lieu de réunion pour paumés de luxe. Ancien soixante-huitard, il s'était reconverti dans l'idéologie des années 80, pour s'y perdre également. Nous l'avons aidé à déménager son local, disons à déplacer quelques cartons, activité dont nous n'avons pas compris la signification. Son histoire s'est terminée de manière sordide, comme elle semblait n'aller nulle part d'ailleurs, sa femme l'a quitté, il a été viré de son entreprise où il aurait piqué du matériel, et est mort finalement d'une crise cardiaque. Le plus terrible de cette histoire était le regard de sa petit fille qui venait l'implorer de ne pas repartir, lorsque nous avons quitté son domicile pour partir dans des bourlingues de nuit, complètement éméchés, et chantant Brel à tue-tête dans le véhicule.

Nous évoquons souvent cette histoire, elle est représentative de cette période et de la génération 68, comme si l'idéologie en avait été facile à recycler dans cette illusion de la créativité entrepreneuriale.

Bien sur si je n'avais pas été aussi jeune, je n'aurais pas été sensible à cette histoire tragique, de quelqu'un qui se perd, et maintenant, il me semble que le temps me rendrait de moins en moins patient pour écouter de tels projets.

Commentaires: lire et poster | Envoyer à un ami

Written by Le blog de Jean Trito

8 février 2009 à 16:03

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :