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HADOPI, un modèle orwellien pour contrer l’économie sociale ?

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Je remarque souvent que l’on fait désormais moins d’efforts pour assurer la sécurité des personnes que l’on est en train d’en faire pour surveiller le téléchargement. Il semble que les trafics de nos banlieues intéressent moins de gens que le téléchargement de la musique de Justin Bieber. Comment en est-on arrivé là ?
Le sens de l’économie est de tout faire rentrer dans le domaine du marché, en privatisant l’eau, l’air, la santé. Avec le téléchargement, on a assisté au phénomène inverse, car l’échange, le troc, le SEL, se sont substitué à l’économie marchande. Une atteinte à la règle de l’extension du champ du commerce en quelque sorte. Le troc de fichiers sur le net, comme on le ferait dans certaines organisations sociales, où chacun vide son grenier et échange ses objets, s’est avéré plus efficace que les systèmes marchands. Personne n’a réussi à mettre en place un dispositif de VOD aussi efficace que celui du peer-to-peer. D’une part les dispositifs offerts sont peu pratiques, on le voit lorsque l’on essaie de télécharger un documentaire de l’INA,mais en plus le prix élevé montre bien que le marché n’a pas été compris. Il n’est pas possible de maintenir des prix aussi élevés, des systèmes aussi contraignants, alors que la dématérialisation est totale. La plupart des gens visionnent les films sur leur ordinateur, ils ne sont pas prêts à payer un prix aussi élevé qu’au cinéma pour une consommation de plus basse qualité, destinée aux connaisseurs qui visionnent différemment d’un simple spectateur passif. On revient en arrière, on avance, on parcourt, ou alors on ne visualise qu’une partie du film qui nous a marqué. On revoit des vieux films, passés à la télé, mais en en conservant la possibilité de les voir quand on le souhaite. C’est donc la disponibilité, la simplicité, la modicité des prix, la quantité, que l’économie sociale du peer-to-peer permet. La privé ne parvient pas à cette efficacité d’un « marché » qui s’installe spontanément, par le service mutuel. Il y a une sorte d’escroquerie de la part des artistes de croire que la video peut rester un pont d’or, et qu’un système orwellien, destiné à cadrer toute la société, véritable police secrète, va pouvoir être moralement accepté par la jeunesse. Autrefois on se prêtait les livres, les disques que l’on enregistrait sur des cassettes au prix raisonnable. Qui pourrait imaginer que l’on pourrait trouver quelque part le pouvoir d’achat permettant de transformer tout téléchargement en paiement plein pot ? qui peut croire à cette fable ? Il est étonnant de constater la disproportion des moyens utilisés, alors que l’on supprime des enseignants dans le primaire, est-ce vraiment une allocation optimale des finances publiques ? Il y a un choix de société significatif et marquant, que l’on ne manquera pas d’analyser avec recul un jour. On a une ressource abondante comme l’air, on ne pourra obliger les gens à porter un masque. Si l’on ne développe pas une offre adaptée, permettant une large diffusion des œuvres et leur rémunération, je ne pense pas que l’on puisse continuer ainsi avec un tel outil qui consiste à effectuer des écoutes sans couverture légale claire. C’est peut-être aussi le modèle économique de l’œuvre qui n’est pas viable, et qui peut-être ne l’a jamais été sans mécène public ou privé.

Written by Le blog de Jean Trito

30 janvier 2011 at 17:16

Quelle est la légitimité de l’INA à vendre ses videos ?

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J’ai acquis des videos, je les trouve chères et incommodes d’utilisation pour un particulier. On ne peut les transporter ailleurs, tout est verrouillé. Pourtant, ces videos ont été élaborées sur budget public, et maintenant elles font l’objet d’un service marchand. Ce qui a été produit sur des fonds publics est maintenant vendu  à des particuliers, et sans possibilité d’utiliser ces archives comme un bien commun public.

Cette politique est en contradiction avec la manière dont elles ont été filmées : je suis stupéfait de constater que l’on a pu tourner un reportage à Lyon sans citer les médecins interviewés à l’époque (1965). On n’avait pas un égo aussi développé en ce temps, on pouvait être un mandarin, et parler anonymement dans le poste. Imagine-t-on aujourd’hui le profit symbolique que l’on tirerait d’un tel reportage. Tous les intervenants ont donc été bénévoles, leur nom pas même cité, et aujourd’hui, tout cela a été commercialisé. Il me semble que la diffusion sur youtube d’archives de l’ina relevait d’un vrai service public, puisque tous les auteurs et acteurs de la production ne bénéficieront pas de cette vente. On a recommencé par une quasi-censure prétextant les droits d’auteur (d’hauteur ?) concernant les faux voeux de Sarko.

Comme pour la recherche médicale, on utilise des fonds publics pour produire une chose, et au bout d’un certain temps elle tombe dans le domaine privé.

Written by Le blog de Jean Trito

2 janvier 2011 at 11:24