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Ce que peut encore nous apprendre l’histoire des croisades

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C’est au détour d’une phrase d’un livre de Jacques Heers, médiéviste, que j’ai été frappé par l’une de ses réflexions. Selon lui, les arabes ne se sont jamais opposés aux pèlerinages à Jérusalem, car pour les arabes de l’époque, Jésus était un saint, et il leur aurait paru inconcevable de porter atteinte à ce droit de passage. Il explique que c’est la conquête turque qui a abouti à cette situation. On a du mal à comprendre le contexte des croisades, et ce choc de cette interdiction pour la chrétienté. Une religion qui pronait la non-violence, est entrée dans une guerre sainte, un concept non évident dont un historien, Jean Flori, a retracé la genèse dans croisades et Jihad. J’utilise souvent une métaphore actuelle, imaginons que les néo-conservateurs américains aient voulu mettre la main sur l’Arabie saoudite, et aient interdit l’accès à la Mecque. 1 milliard de musulmans seraient entrés en bouillonnement, et cela nous donne une idée du contexte de l’époque avec des arguments modernes.

Cette histoire nous apporte d’autres comparaisons, on a oublié aussi la création, bien longtemps avant la fondation d’Israel, les états latins d’orient, qui durèrent près de deux siècles, soit une durée historique qui fut 4 fois celle de cet état moderne. On peut noter des parallèles, les francs nés en orient étaient appelés des poulains, on parle de sabras en Israel. il est très rare que l’actualité fasse référence à ces états latins, qui semblent être tombés dans les oubliettes de l’histoire pour beaucoup de français. Mais après tout, comparaison n’est pas raison.

Written by Le blog de Jean Trito

31 décembre 2013 at 08:15

Publié dans histoire, islam

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La révolte des Zendjs

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Jacques Heers traite ainsi d’un sujet tabou, celui de l’esclavage en Islam.Il remarque, qu’au contraire de la traite atlantique, personne ne l’a dénoncé. Les chrétiens au contraire, et notamment du temps de l’alliance entre François 1er et le grand turc, mentaient sur la réalité de l’esclavage, ne voulant pas croire ce que racontaient les religieux, et voulant surtout préserver leur allié.

J’ai ainsi trouvé par hasard sur un forum quelqu’un qui explique sérieusement à un musulman inquiet que Mahomet mit fin à l’esclavage.

Ils évoquent notamment la révolte des Zendjs, comparable à celle de Spartacus face aux romains. Il est très difficile de trouver de la documentation sur cette épopée, dont aucun livre d’histoire ne parle.

Les Zendjs, ce sont les esclaves noirs, transportés à travers le Sahara, pour mettre en valeur les marais de Mésopotamie. Ils se révoltèrent en 869 et vainquirent pendant 14 années les armées du calife de Bagdad, et mirent en place un véritable état.C’était aussi une révolte des pauvres gens contre la luxure de la ville. Cet état se donna un chef arabe, Ali Ben Muhammad, qui organisa une société très hiérarchisée. En fait, cette armée était très largement encadrée par des arabes de haut rang. L’historien Al-Tabari leur consacra trois cents pages. En 883, après de longs assauts d’une armée de 500 000 hommes, Badgad réussit à vaincre les rebelles.

Written by Le blog de Jean Trito

31 octobre 2011 at 21:48

La guerre de cent ans loin des clichés

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C’est un livre imposant, de près de 800 pages, que j’ai déposé sur ma table de nuit, et sur lequel je suis revenu à plusieurs reprises. Je croyais que Jeanne d’arc avait joué un grand rôle dans la reconquête de la France, mais je me rends compte, à travers les yeux de Georges Minois, que Charles VII que l’on a présenté comme falot, fut un grand roi. L’auteur ne s’attarde pas sur l’épisode Jeanne d’arc, qui semble même ne constituer qu’un bref passage épique de cette longue guerre. Contrairement à Jacques Heers, qui refuse la périodisation et donc la séparation entre moyen-âge et renaissance, ce médiéviste reconnaît tout à fait cette rupture. Ainsi, sa narration du temps des chevaliers, comme une sorte de pantalonnade, et de l’amour courtois absolument ridicule, d’une noblesse coupée des réalités est presque surprenant et anachronique. Il cite l’exemple de cet athlète du tournoi, qui mourut d’un boulet lorsqu’il se rendit sur le champ de bataille réel, comme d’une fin ridicule. A ce moment, j’ai pensé à ce footballeur américain qui a voulu aller en Irak et y est mort sans gloire. Quelque chose de Bruce Willis aussi, mais les historiens savent être pince-sans-rire. Je trouve rafraichissant qu’un médiéviste puisse valoriser l’après moyen-âge, et dénonce le jeu ridicule d’une noblesse fourvoyée, qui s’est appauvrie en faveur du roi, alors que l’inverse s’est produit en Angleterre. C’est l’histoire de la fondation de la nation française, alors que jouant sur les règles de succession, les anglais considéraient que le roi d’Angleterre était roi de de deux royaumes. C’est un siècle où les cavaliers de l’apocalypse se sont abattus sur la France, car entre les guerres, la peste noire, les brigands, et la difficulté de cultiver, les villes ont perdu la moitié de leurs habitants. Charles VII sut utiliser l’artillerie naissante pour venir à bout des villes fortifiées, et bouter les anglais hors de France, mis à part Calais. Je comprends mieux la date de 1453, fin du moyen-âge : c’est la chute de Bordeaux, et celle de Constantinople et de l’empire d’orient, auquel les chrétiens d’occident préféraient en fait les musulmans, plus faciles de commerce. Il faut savoir s’entourer de livres d’histoire, que l’on lit peu à peu, en découvrant à chaque fois combien on vivait sur des clichés révolus. Les historiens, pas les politiques qui font recopier des livres qu’ils signent, savent nous apporter la nouveauté et la compréhension du passé le plus lointain.