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Enzo Traverso, ce merveilleux historien de l’âge des massacres

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On trouve peu d’informations sur le net à propos de cet historien du XXème siècle et de ses massacres. Je recommande la lecture de ce petit livre, sur historiographie. Il dénonce une histoire écrite par les vainqueurs, et qui renvoie dos-à-dos communisme et nazisme, ou pire, dans le cas de Nolte, induisent le nazisme du socialisme, comme réactionnel. La notion de totalitarisme est suspecte, parce qu’elle met dans le même concept des régimes sans liens entre eux, brouillant davantage les idées qu’elle n’éclaire le fonctionnement de ces régimes. C’est une histoire des vainqueurs et des victimes, plutôt que des vaincus, mais en victimisant, on a appauvri la vie de ces victimes, en leur ôtant ce qui leur était essentiel.

Il dénonce l’histoire de François Furet, qui fait de la révolution un bloc de terreur, sans en voir le fondement, et l’espoir suscité. Pour lui, c’est une histoire apologétique, simpliste. De même, il tient comme un chef d’oeuvre « l’âge des extrêmes » de Hobsbawm qui réhabilite le communisme, livre refusé par Pierre Nora, comme anachronique. Traverso est un historien engagé, qui ne croit pas à la neutralité, et surtout pour le XXème siècle, l’histoire est aussi autobiographique.

L’europe s’est faite sur la base d’un oubli mémoriel, car la seule culture commune de l’Europe a été la division.

La shoah est devenue une religion civile alors qu’il faudrait pouvoir la réintégrer dans l’histoire pour la comprendre vraiment. Ainsi, les pays de l’est l’ignorent alors qu’elle s’est déroulée sur leur territoire. Pour Traverso, la seconde guerre a été une guerre ordinaire à l’ouest, et une guerre d’extermination à l’est.

Ce livre est d’une fantastique érudition, d’un époustouflant niveau de réflexion, en comparaison de ce qu’on peut lire par ailleurs, et loin de tous les lieux communs de notre épqoue. Je n’ai pu en trouver de résumé satisfaisant, j’ai jeté quelques uns de ses thèmes dans cet article, mais on ne peut résumer un livre profond, qui fait part de toute la complexité du monde, sans simplisme. Je n’ai mis en lien que ses entretiens, le reste ne pouvant rendre compte de son œuvre, car les commentaires sont nettement en dessous de son niveau, et donc n’apportent rien.

Je ne peux donc que le recommander à la lecture, il est d’un prix bien modique (12€) en comparaison des médiocres best-sellers à grand tirage. Et je pense que je le relirai d’année en année, comme certains livres de ma vaste bibliothèque.

Written by Le blog de Jean Trito

29 janvier 2012 at 09:59

Argenteuil, la statue d’hommage à la résistance et à Gabriel Péri de Antoine Rohal

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Je continue mes pérégrinations au milieu des statues inconnues, et qui gagnent tant à être filmées. Par rapport à un tableau, une statue peut être filmée sous différentes angles, et ses trois dimensions permettent de la rendre ainsi vivante et plus impressionnante en lui restituant la vie du regard, ce qu’une photo ne permet pas.

Sur le cours Gabriel-Peri, les passants passent indifférents devant cette statue d’hommage à Gabriel-Péri, héros de la résistance, fusillé au mont Valérien. Elle relève d’un style communiste municipal. En 1970, pour rendre hommage au premier député communiste d’Argenteuil, la ville érige un monument commémoratif, œuvre du sculpteur Antoine Rohal.

J’ai recherché d’autres oeuvres du sculpteur Rohal, j’ai trouvé cet hommage à Guy Môquet.

Le succès de la presse radicale

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Radical, ce n’est pas extrémiste, se perdre dans un absolu qui perd tout intérêt pratique. Être radical, c’est remettre son budget en base zéro, et ne pas considérer comme acquis les clichés journalistiques, et les fruits de la pensée unique.

Je constate que l’on s’intéresse de plus en plus à la presse libre, celle qui ne comporte pas de publicité, comme le canard enchainé, le monde diplomatique, Marianne, alternatives économiques, aux livres de la collection « la découverte ».

La plupart des revues sont davantage financées par les annonceurs que par les lecteurs, ce que dénonçait déjà Deleuze dans l’abécédaire, et l’on peut se demander avec lui si elles écrivent pour leurs lecteurs ou leurs annonceurs.

Le système fait beaucoup de déçus, y compris chez les cadres, qui sont en train de renoncer aux éditoriaux de Christophe Barbier dans l’express. Le néolibéralisme domine tellement nos vies que nous avons besoin d’un autre message, comme des poissons manquant d’oxygène. La radicalité permet d’envisager une autre vie, une autre approche, moins consumériste, moins marquée et dominée par la pub, qui ne relèverait pas d’une pensée unique.

Le communisme a du représenter cette radicalité, tout autant politique que sociale à une époque, dont je parviens avec difficulté à me souvenir. Il représentait aussi une identité, une contre-culture prolétaire, ce que peut représenter la religion musulmane pour certains aujourd’hui.

Il ne peut ressurgir de ses cendres, c’est plutôt une sorte de social-démocratie, tombée avec le mur de Berlin que l’on cherche à reconstituer, même à travers cette pensée radicale. Elle n’est pas révolutionnaire, elle cherche seulement à prendre du recul, à essayer d’augmenter la cohésion de la société, en refusant l’enrichissement d’une oligarchie réduite, et la destruction des acquis sociaux et du système social. Peut-être les collectivités territoriales contribuent -elles à ce mouvement, en essayant de préserver un tissu social face aux destructeurs du collectif.