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un regard sur le monde

Comment l’école nous détourne des sciences

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J’ai relu Ivan Illich, dont je me souvenais comme d’une pensée plus simpliste que ce que m’en enseigne sa redécouverte. L’école est une institution plus destinée à formater qu’à instruire, instruction que l’on acquiert en réalité plus par soi-même que par l’école, auprès des autres, en lisant, et par ses expériences personnelles. L’école emplois la moitié de la société, et induit des blocages parce qu’il faut de plus en plus de diplômes pour accéder aux métiers, et qu’elle est une manière de renvoyer au néant tout ce qui n’est pas connaissance apportée par elle.

Je me souviens que l’école des années 70 avait poussé ce formalisme jusqu’à ne plus sélectionner que par les maths, à l’époque extrêmement désincarnées sous la formalisation qu’en avait fait le groupe Boubarski, et dénommées « maths modernes ». A un point tel, que certains ne travaillaient que les maths au détriment de tout le reste, et étaient toutefois considérés comme des réussites par le système. Ce poids des maths sans aucune critique possible, sans remise, me semblait une forme de dictature d’où la véritable pensée était absente. Il m’a fallu m’y plier pour accéder à un bac scientifique, car je préférais de loin la biologie, et les sciences physiques, qui me semblaient receler une explication relationnelle du monde, bien plus que l’abstraction mathématique.

Même si je n’ai pas poursuivie dans le champ de la biologie, dont les débouchés étaient quasiment inexistants, je voulais approfondir cette matière, et l’école a failli m’en priver. Je l’ai perçue comme un système de centrifugation sociale et de contrôle des esprits, en imposant la pensée mathématique comme le critère objectif de sélection. Je me suis rendu compte, suite à la réflexion d’un copain, qui constatait que les matheux ne comprenaient pas vraiment ce qu’ils maniaient, ne possédaient aucune intelligence sur leur matière, mais étaient efficaces dans le maniement mécanique d’opérations dont le sens étaient hors de leur portée. Le secret du don en maths au lycée résidait dans ce constat, que l’on avait fondé tout le système sur une matière qui ne pouvait rien remettre en cause, du moins dans le champ de l’école, et à laquelle il fallait plier aveuglément pour y réussir.

La véritable science, avec ses imprécisions, ses bricolages, ses raisonnements, ses remises en cause ne figurait pas dans nos études. Tout avait été confié à une matière qui ne permettait aucun retour critique.

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Written by Le blog de Jean Trito

24 décembre 2013 à 12:35

Publié dans éducation

Une Réponse

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  1. Bonsoir, merci pour cette réflexion et bravo pour la référence à Ivan Illich, dont mes années d’étudiant ont été nourries par l’intermédiaire de Jean-Marie Domenach. Avant cela, j’avais vécu trois années de bourbakisme (en 1ère-Tale-MathsSup) et cette pensée de la simplicité m’avait beaucoup plu. Mérite supplémentaire, elle comprenait, dès les premières leçons, le théorème d’incomplétude de Gödel c’est-à-dire le ver dans le fruit : la preuve que la « mathématique unique » que l’on vous enseignait, n’avait rien d’unique. Cela ressemblait à une protection du système contre lui-même. Enfin, nous étions encouragés à imaginer, créer, faire de la recherche — avec quelques dizaines d’heures de logique ou d’arithmétique, ou touche des frontières du savoir et des problèmes, simples à expliquer, pourtant non résolus, comme l’était à l’époque la conjecture de Fermat.

    Mais une fois plongé dans les véritables études, celles qui faisaient appel aux maths et aux sciences de l’époque (et non plus à celles de 1850-1930), j’ai découvert que le bourbakisme, non seulement n’intéressait plus personne, mais surtout était une fausse piste ; que la diversité, le pluralisme de conceptions concurrentes, était la nature des sciences en général et des maths en particulier.

    L’enseignement d’aujourd’hui en collège et lycée, entièrement revenu des « maths modernes » dont beaucoup plus classique et moins abstrait en apparence, est pourtant bien plus proche des sciences en train de se faire ; il forme mieux aux tournures d’esprit qui seront utiles aux jeunes d’aujourd’hui, salariés et entrepreneurs de demain. Il vous aurait sans doute plus plu et convenu !

    fredericln

    25 décembre 2013 at 23:43


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