triton95

un regard sur le monde

présentation simpliste d’un problème complexe

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On trouve souvent des caricatures de l’administration, qui sont de ce type.

Je crois que c’est Alfred Sauvy qui décrivait dans un livre, lu voici très longtemps, la situation suivante.

Il évoquait les difficultés d’affectation de l’administration, notamment de la poste.
Le cycliste A habite à X et va travailler à Y. Le cycliste B habite à Y et va travailler à X. Ces deux cyclistes se croisent tous les matins et tous les soirs, mais il leur est impossible d’échanger leur poste, afin de réduire leur temps de trajet, car les procédures de l’administration ne permettaient pas à leur demande d’aboutir. Sauvy prend cet exemple des lourdeurs et des absurdités de l’administration.

C’est une manière simpliste de présenter un problème complexe, de façon à provoquer chez le lecteur une réaction de sens commun, sans prise en compte de la complexité de l’arrière-plan de cette décision.

C’est une présentation d’un problème qui méconnait deux grands principes importants dans la résolution. L’administration se veut un système de transparence et d’égalité dans les décisions touchant au personnel, et doit objectiver les conditions de mutation, en tenant compte de l’ancienneté, de la situation de famille notamment. D’autre part, elle recrute au plan national, ses agents pouvant être affectés partout sur le territoire, refusant en cela un principe de localisme qui voudrait que les reçus au concours travaillent près de chez eux. Telles sont les deux grands principes, l’égalité et le service de la France au plan national.

Pour ces raisons, tout mouvement de mutation doit respecter ces deux principes, et compte tenu du nombre de candidats à la mobilité, il est très difficile pour que, le hasard faisant bien les choses, on ne retrouve que ces deux candidats pour leurs deux postes respectifs. Autre problème, la mobilité vise à permettre de pourvoir des postes vacants, or, aucun de ces deux postes n’est vacant. Cette difficulté est résolue, en mettant à la mobilité d’une part des postes non pourvus, d’autre part des postes susceptibles de vacances, dans la mesure où les deux cyclistes auront fait connaître leur intention de bouger.

La présentation du problème par Sauvy ignore donc délibérément toute la complexité de la question, et oublie complétement les principes à respecter, comme si l’on vivait dans un pur pragmatisme. Ce type d’exemple, souvent donné par les medias est une forme d’escroquerie intellectuelle, parce qu’il présente une question comme accessible au sens commun, en faisant l’économie de toute complexité.

On pourra s’étonner de la bureaucratie nécessaire au maintien de la transparence, de l’égalité, et du principe national, mais il en est ainsi dans beaucoup d’autres domaines. Le néo-libéralisme, par exemple, pour imposer un système de marché, doit avoir recours à une bureaucratie impressionnante, que l’on oublie trop souvent. Faire respecter quelques principes communs imposent une lourde administration, c’est seulement dans un système sans règles, et où seules comptent les connaissances personnelles, que l’on peut se passer de bureaucratie paradoxalement.

deux cyclistes se croisent tous les matins
présentation simpliste problème complexe faussement accessible au sens commun
difficulté de gérer la complexité : égalité, transparence, nécessité d’une approche bureaucratique
de même le marché parfait nécessite beaucoup de bureaucratie

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Written by Le blog de Jean Trito

30 novembre 2013 à 05:22

2 Réponses

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  1.  » un système sans règles, et où seules comptent les connaissances personnelles, que l’on peut se passer de bureaucratie paradoxalement. »
    Que faites-vous du copinage, des syndicats corporatistes, des anciens élèves de… ? Dans l’administration surtout les énarques, les profs, les ex-UNEF, les anciens de.. (etc.) court-circuitent bien plus l’idéal de neutralité abstrait que vous évoquez, ne croyez-vous pas ?
    C’est beaucoup moins vrai pour l’entreprise – où les résultats concrets comptent in fine plus que l’appartenance à un corps ou à un clan (sauf si l’impétrant apporte des capitaux, évidemment).
    J’ai une autre vision que la vôtre, que je vous soumets : je crois que le copinage, l’entre-soi, est plus sociologique qu’institutionnel : les zélites contre les petits-bourgeois, les in contre les out, les castes entre elles. Cela traverse les distinctions entre administrations, collectivités, partenaires sociaux, entreprises.

    argoulrgoul

    30 novembre 2013 at 12:33

    • l’éducation nationale s’est dotée d’un système de points et de critères objectifs qui remplit un très gros document, par exception aux règles plus simples de la fonction publique qui ne prévoient que le rapprochement de conjoint et un passage en cap (commission paritaire composée des syndicats et de l’administration). Pour obtenir une certaine transparence, et une égalité de traitement, l’éducation nationale a préféré négocier avec ses syndicats une règle du jeu, certes lourde, mais permettant d’atteindre cet objectif.Concernant l’entreprise, c’est sans doute vrai en partie, mais ceux qui travaillent dans le privé ne sont pas forcément d’accord avec cette vision idyllique de leur monde.

      Le blog de Jean Trito

      2 décembre 2013 at 20:14


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