triton95

un regard sur le monde

Scott Fitzgerald, écrivain crépusculaire

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Tout le monde connaît « Gatsby le magnifique », un peu moins « tendre est la nuit », et peut-être pas du tout les nouvelles de Scott Fitzgerald. Je lis quelques livres en anglais par an, les laissant sur ma table de chevet et les lisant à raison de quelques pages par jour. C’est peu, c’est lent, mais au fil du temps, on se rend compte que l’on a pu découvrir ainsi en version originale un grand nombre de classiques, une semaine apportant plus de textes qu’une année scolaire traditionnelle. Je suis bien loin de tenir une conversation en anglais, mais je me rends compte que l’on peut nettement accroitre son capital ainsi, en fréquentant la langue. Je me suis aussi lancé dans l’italien, où après avoir utilisé la méthode Assimil pour les bases, je suis revenu à la littérature avec une traduction qui m’assiste, mais de moins en moins. J’ai même renoué avec l’allemand, étudié scolairement, mais pour lequel je recherche des auteurs accessibles, comme Schlink. J’ai voulu lire une oeuvre de Freud, mais c’est d’un niveau de complexité trop poussé pour m’être profitable, même si je l’apprécie, pour ses explications plus clairs que celles de ses exégètes. Comme en anglais, je lisais des livres en double version, jusqu’au jour où je me suis rendu compte que la version française m’encombrait, et qu’il fallait passer à l’édition originale.

Pour Scott Fitzgerald, je me suis lancé dans « tender is the night », nettement plus long que mes livres habituels, et je me suis rendu compte que j’avais gardé peu de souvenirs de ma première lecture en français. C’est fou ce que l’on oublie de ses lectures, c’est la plus grande déception des grands lecteurs, que cette habitude à oublier complétement ce qui nous a pris des heures à lire. J’ai donc décidé de revenir à la lecture assistée, avec « la fêlure ». Je lis plus lentement, je ne déduis pas le sens de certains mots du contexte, mais je suis plus exigeant, en étant plus explicite, en essayant de comprendre chaque mot, et la manière dont une expression peut être déformée du passage d’une langue à l’autre.

Je me suis documenté sur cet auteur dont j’avais lu, il y a bien longtemps, une biographie, sans avoir lu autre chose que « Gatsby ». Pietro Citati, un critique italien d’exception, a écrit ce livre sur Zelda et Scott Fitzgerald.

Je trouve le style de Fitzgerald à la fois limpide et exceptionnel, un peu comme celui de Zweig, bien que l’on ne puisse les comparer, même s’ils ont vécu à la même époque. Zweig est issu d’une tradition plus ancienne, impériale, germanique, et semble le précéder de plusieurs décennies. Fitzgerald, c’est l’âge du jazz, la vie moderne, faussement superficielle, rythmée, très moderne. Je n’ai pas l’impression de lire un auteur des années 30, on croirait qu’il a vécu disons trente ans plus tard. Je comprends son succès, cette capacité à vous emballer avec ses histoires dont « l’après-midi d’un écrivain », une nouvelle crépusculaire, raconte la genèse. Une simple promenade lui permet d’imaginer des histoires, même s’il reconnait qu’il a surexploité son passé.

Il part de presque rien, sa vie courante, sa recherche d’une maison pour vous embarquer. On ne voit de lui que « Gatsby », comme une sorte de conte de fée romantique, mais il sait vous amuser avec sa vie quotidienne, comment il a été un nouveau riche, comment il est parti sur la côte d’azur, où l’on pouvait vivre de presque rien, tellement la vie y était peu chère à l’époque.(Paul Auster faisait la même remarque sur Paris, ce qui fait sourire aujourd’hui).

C’est l’écrivain qui sait tellement manier les mots, qu’il raconte une histoire passionnante avec presque rien, une promenade dans les rues, et des réflexions profondes à la fois. Il estime qu’il a gâché beaucoup de choses, y compris son talent. Ce talent qu’on lui prête d’ailleurs, n’est que le résultat d’un immense travail, on pense presque à Flaubert, et sa volonté de travailler les phrases jusqu’à l’épuisement. Je ne sais pas si une biographie peut apporter quelque chose, sinon par éclairage indirect des sources, sur la vie de quelqu’un qui a su si bien l’analyser et l’approfondir.

La France a su accueillir et faire connaître les jazzmen américains, mais les écrivains de l’âge du jazz aussi.

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Written by Le blog de Jean Trito

29 octobre 2011 à 09:10

2 Réponses

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  1. Vous avez bien du courage de lire en VO… Une fois qu’on en prend l’habitude, peut-être qu’il devient inconcevable de revenir aux versions traduites. Cela le fait pour les films : regardez dans sa version française n’importe quelle scène d’un film étranger qui vous a bouleversé et l’effet est complètement détruit… Le fait de doubler les films est un sacrilège. Ce doit être à plus forte raison le cas pour la littérature, j’imagine.

    Un Oeil

    1 novembre 2011 at 00:26

    • du courage ? non. j’ai toujours travaillé l’anglais extrascolairement, et un jour je me suis mis aux romans avec la traduction en vis-à-vis, jusqu’au jour où j’ai remarqué que cette traduction m’embarrassait, et j’ai lu plusieurs livres en VO complète. Puis je suis revenu aux oeuvres traduites, pour lire plus lentement, et surtout engranger du vocabulaire et des expressions par une lecture plus lente. J’ai toujours des livres de chevet en langue étrangère, que je lis petit à petit, en espérant que la goutte creuse la pierre. je me rends compte que les langues étrangères peuvent constituer un loisir intéressant, même si on n’en maitrise pas l’oral, ce qui est toujours la partie la plus délicate, c’est une gymnastique intellectuelle, et une découverte d’oeuvres telles qu’elles ont été écrites, sans la médiation de la traduction. Et j’essaie de le faire aussi en italien et en allemand. Je me suis rendu compte que mon peu de bagage d’allemand n’était pas perdu, puisqu’il est vite revenu, trente ans après avoir tout arrêté.

      Le blog de Jean Trito

      1 novembre 2011 at 09:52


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