triton95

un regard sur le monde

Archive for janvier 14th, 2011

la variabilité du droit, du collectif à l’individuel

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Les procès se multiplient pour les atteintes au droit à l’image, perturbant les journalistes qui se demandent si l’on peut encore montrer une image de foule. On voit des gens qui attaquent un reportage où ils apparaissent vaguement, comme si l’on avait commis un crime contre leur image. De même, le droit d’auteur est devenu sacré, à un point que l’on se demande si le verrouillage ne va pas tuer toute idée de progrès, car il est impossible de ne pas embarquer dans une invention des idées nouvelles ou des procédés banals, mais brevetés. D’une part ce droit individuel à l’immatériel se développe, d’autre part on n’est plus certain que nos vies soient aussi bien protégées. Le droit social semble devoir suivre la même pente, mais en descendant, on le remplace par des accords de gré à gré. Là où existait un collectif fort, on renvoie à une individualité impuissante, et sans capacité de se défendre.  Des institutions se créent, une jurisprudence se développe sur ce nouveau droit, virtuel et désincarné, et bientôt l’on sera poursuivi pour crime de même pensée qu’autrui, même si cette pensée n’avait rien d’original. La matière première de l’occident est l’immatériel, l’image, le spectacle, et c’est elle qu’il convient de protéger comme notre dernier rivage.

Written by Le blog de Jean Trito

14 janvier 2011 at 22:14

Zemmour, la superficialité du scandale

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Ce que je reproche à Zemmour, c’est d’enfoncer cette porte que de dire que la délinquance a une couleur. Ce n’est pas la délinquance qui a une couleur, ce sont les classes sociales d’aujourd’hui. Il parvient à obtenir de l’audience avec une parole superficielle, qui dit que ce que l’on voit est ce qui est, sans profondeur, sans réflexion, sans autre chose qu’un constat visuel. Ce que je lui reproche, c’est d’être superficiel en somme, au sens dermatologique.

Written by Le blog de Jean Trito

14 janvier 2011 at 21:56

Le commerce des promesses, de Pierre-Noël Giraud

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Il est très difficile de trouver un tel livre d’économie, clair et limpide, sans pathos, sans obscurité volontaire ou involontaire. Non seulement ses explications sont lumineuses, mais elles sont compréhensibles et expliquées sans chercher un au-delà du sens. Il nous permet de penser librement, après avoir compris des mécanismes que l’on nous présente habituellement sans cette objectivité. On comprend le rôle de la titrisation, puisqu’il s’agit d’abord de permettre aux banques, qui détiennent des dépôts à court terme pour les transformer en emprunts à long terme, de rendre ces derniers plus liquides. Il rappelle le rôle chamanique du banquier central, qui doit demeurer imprévisible pour ne pas permettre d’anticipation de la part des marchés, car une anticipation est autoréalisatrice. Il montre au passage la difficulté de dégager des valeurs « fondamentales » vers lesquelles le marché tendrait spontanément après une bulle. L’air de rien, il pose des questions sociales. Il y a une question de cycle de vie dans notre situation actuelle. Le travail a été valorisé lorsque la génération dominante, les baby-boomers étaient plus jeunes, aujourd’hui, cette génération investit plus largement grâce à la mondialisation, et pèse plus lourdement politiquement sur la question de l’épargne que sur celle du social et du travail. Il explique que l’achat immobilier est très valorisé, parce qu’il permet de transférer la valeur dans le temps, ce qui se produire à condition que la génération suivante dispose d’autant d’épargne à y investir, sinon le cercle se rompra. En somme, il s’agit d’un commerce des promesses, et si l’on produit trop de promesse, il faudra en faire disparaître par une crise, la vraie question politique étant ensuite de savoir quelle catégorie sociale devra supporter la charge du « mistigri »

Written by Le blog de Jean Trito

14 janvier 2011 at 21:25

L’amérique des néo-conservateurs, un nouveau messianisme

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Tout n’est pas massif et bien connu des néo-conservateurs américains. Les auteurs Alain Frachon et Daniel Vernet auraient écrit le livre le plus équilibré sur le sujet selon Fukuyama. Les auteurs nous présentent les républicains dont nous avons une vue caricaturale, en nous montrant tout l’arc-en-ciel de leurs opinions. Les néo-conservateurs y sont presque marginaux, ils se distinguent par leur vision universaliste, ouverte, et non isolationniste. Ce sont en fait des intellectuels, parfois venus de la gauche, inspirés par Léo Strauss, et qui rêvent de remodeler le monde. Pour eux, l’Amérique est Athènes de la guerre du Péloponnèse, elle a une mission, et doit remodeler le reste du monde, en apportant la démocratie, y compris chez leurs alliés des pays arabes. La puissance ne peut rester discrète, elle doit d’abord servir. Ils asquirent de l’influence après le 11 septembre, parce qu’ils étaient les seuls à apporter une interprétation de l’évènement, qu’elle soit juste ou fausse. Il est frappant de voir leur analyse de Pearl Harbor, et la nécessite de prévoir l’improbable, ne pas considérer qu’il ne peut survenir. C’est grâce à ce travail historique sur la question de Pearl Harbor qu’ils furent en mesure de présenter une théorie en temps et en heure. Leur objectif d’aller plus loin en Irak, leur reproche à Georges Bush de ne pas être allé au bout en 1991, guidait leur pensée. Ce sont ces raisons intellectuelles, idéalistes, rigides et naïves qui les ont conduit à mener l’Amérique au désastre en Irak. Ils n’avaient aucune vision concrète de l’état du pays, imaginaient qu’ils suffisait de couper une mauvaise tête, pour qu’une administration remarquable puisse prendre le relais, alors que le pays était en ruine après la guerre du Golfe et l’embargo. C’est l’histoire de ce mouvement, et de ses membres que l’on découvre à travers ce livre, aux antipodes de celle que l’on imagine.

Le livre bienvenu et indigné de Stéphane Hessel

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On commence à lire des commentaires condescendants sur le livre de Stéphane Hessel, jaloux sans doute de son succès. Le succès d’un tel livre interpelle bien sur. Il est très court, une quinzaine de pages, et ressort de vieilles histoires oubliées, des rêves anciens, un idéal universel, des droits sociaux. Il faut vraiment que nous soyons dans une époque où l’on ressent la lassitude du discours dominant, où l’on s’interroge. C’est plus par ce qu’il révèle du public, que par ce qu’il dit que ce livre est important. Il revient au fondement de la France d’après-guerre, la lutte contre le nazisme, la mise en place de la sécurité sociale pour tous, les droits de l’homme, des choses que nous avions perdues de vue. C’est un discours rafraichissant, sincère, qui nous frappe en pleine époque cynique. Lui, juif allemand, il dénonce l’intervention israélienne à Gaza, et décrit la joie de vivre, la capacité à survivre de ces populations dont le territoire est devenu une prison. C’est parfois au bout d’une vie que l’on prend des engagements dans la société, comme Pierre Bourdieu le fit également. La résistance nous semble une idée si vieillotte, que nous en ressentons soudain l’esprit, revitalisé, souffler à travers ces pages.

Written by Le blog de Jean Trito

14 janvier 2011 at 20:35