triton95

un regard sur le monde

Vie de m…, aujourd’hui le 31 décembre

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Il est des fêtes obligatoires, qui sont difficiles à passer quand on ne sait qu'en faire. Je me souviens d'un 31 décembre de ma jeunesse. Nous étions à Paris depuis peu, quelques mois. Le but de notre vie était de "constituer un réseau", mot pompeux pour dire se faire des amis, mais avec ce supplément de sens lié à l'ouverture qu'il peut apporter. On ne dit plus ni amis, ni relations, mais réseau, avec cette illusion qu'il suffit de parvenir à y pénétrer pour que toutes les portes s'ouvrent. Dans l'imaginaire parisien, c'est un peu comme parvenir à faire partie d'une société secrète, mais avec des aspects ludiques et professionnels. Car le ludique était une chose sérieuse dans les années 80, il fallait bien différencier ce qui était in et out, branché ou non, et donc être "branché" sur le bon réseau.

L'un de nous avait été invité à une fête, mais sans le lieu ni l'heure, choses dont il attendait l'information par un coup de fil qui ne vint jamais. Il avait loué une voiture, et nous avons donc déambulé dans les rues du Paris festif, âmes en déshérence. Un plaisantin nous lança un œuf, qui s'écrasa sur le mur sans nous toucher dans nos costumes de fête.

Nous avions failli pénétrer un réseau, devenir parisiens, des vrais, mais nous étions là, à ne savoir que faire. Finalement notre ami rentra chez lui, ouvrir une boîte de conserves. Il nous fit part de sa théorie du "plat de spaghettis". A Paris, on rencontre des gens, on pense qu'ils ont un réseau, qu'ils vont nous ouvrir les portes de la ville, mais ils sont comme le plat de spaghettis, on tire sur le le spaghetti, on croit que le plat entier va venir, mais on se retrouve avec le spaghetti seul, avec quelqu'un à qui l'on va tenir compagnie, mais qui est seul, et ne nous apportera rien d'autre que sa seule présence. Nous nous rabatammes sur "le petit riche", un bon restaurant à prix raisonnable, qui avait le mérite de ne pas être plein.

Cette soirée fut à l'image de ce qu'est la grande ville, un miroir aux alouettes, où l'on n'est pas comme un poisson dans l'eau, à part d'y être né et d'être porté par cet esprit de la relation. Pour la plupart des jeunes gens montés dans la capitale, la vie ressemble à cette soirée, et ce 31 décembre à tous les autres 31 décembre. Un peu une soirée des dupes, une fête dont on n'attend qu'elle donne tout, et qui se transforme en bilan.

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Written by Le blog de Jean Trito

31 décembre 2009 à 09:00

Publié dans vagabondages

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Une Réponse

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  1. J’ai l’impression que ce phénomène du « spaghetti » n’est pas propre à Paris, mais tout simplement à tout milieu nouveau dans lequel on s’introduit. Ces fois où l’on invite, où l’on rencontre, où l’on a l’impresion que les choses ne se passent pas trop mal et pourraient donner lieu à une suite… Mais qui s’arrêtent là et ne donnent qu’une simple rencontre, avec un début et une fin.

    Un Oeil

    20 décembre 2010 at 09:56


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