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Les absents du web
Les médias évoquent beaucoup le “droit à l’oubli” sur le web. Pourtant, et paradoxalement, de nombreux noms sont absents de google. Alice Kaplan expliquait que l’on ne pouvait plus retrouver trace des gens modestes quelques décennies après la guerre, ils avaient disparu et aucune archive ne subsistait d’eux. Et bien, à l’inverse de bien des articles journalistiques j’effectue le même constat que cette historienne.
Parfois, et par curiosité, je recherche un nom du passé, pour savoir ce qu’il est devenu. Dans le meilleur des cas, je retrouve des éléments de biographie sur copaindavant, une photo sur facebook, ou sur un quelconque réseau, mais cela va difficilement au-delà. En fait, peu de gens sont cités dans un article, ou laissent une trace un peu personnelle. Et encore, il s’agit souvent de gens exerçant des professions intellectuelles, ou ayant des fonctions électives.
Pour beaucoup d’autres, et notamment des manuels, il est impossible de retrouver la moindre allusion à leur nom sur google, plus encore s’ils habitent le monde rural. Le réseau a une capacité de souvenir, mais aussi d’oubli considérable. Je me souviens que j’avais recherché quels hommes politiques avaient soutenu l’intervention américaine en Irak, et je n’ai plus retrouvé que le nom de Pierre Lelouche, de l’intervention de Gérard Collomb, qui m’avait paru si incompréhensible, rien ne demeurait.
Il n’est donc pas possible de faire une étude historique à partir d’Internet, il possède une mauvaise capacité de conservation. Le buzz chasse le sujet de fond, l’évènement significatif. Wikipedia est symptomatique qui semble privilégier les footballeurs de 2ème division sur les intellectuels. J’ai du parfois introduire certains sujets, trouver un peu de documentation, parce qu’ils sombraient dans l’oubli justement, et que je redoutais que le web n’en retienne rien. Youtube par exemple survalorise le médiatique, est envahi par les annonces immobilières, mais l’on trouve peu de reportages de vrais amateurs qui souhaitent valoriser un lieu, un évènement ignoré et qui passerait inaperçu. Nous ne pouvons laisser des preuves, laissons des traces.
Parfois je reçois un message, pourriez-vous filmer telle rue, dans laquelle je suis passé, pour la confronter à mes souvenirs, voir si elle a changé, j’y ai vécu des choses importantes pour moi, et je ne suis pas en mesure de la revoir. Je me sens un peu dans le rôle d’Atget, qui photographia les rues du vieux Paris, aujourd’hui disparu, et produisit ainsi des documents irremplaçables. Si un jour j’écris enfin, mais il est bien tard dans ma vie pour cela, un roman, peut-être de fantastique ou de science-fiction, j’y placerai peut-être un nouveau type d’archéologue, chargé de “creuser” dans les couches anciennes du web, pour en ressortir des vestiges nécessaires à la compréhension de notre temps.
Le blog est-il un moyen de défense de la citoyenneté et de l’individu face aux grandes organisations
Un certain nombre de situations nous sont imposées, au mépris du droit. Par exemple, la mairie de A.. ne reconnait pas les femmes mariées pour certaines formalités, au mépris des textes écrits par le ministère de l’intérieur, ce qui est quand même un peu fort de café. Orange a inventé le phishing par clic intempestif qui vous abonne à des sites inutiles pour jusqu’à 60€ par mois, sans signature, sans validation, sans même vous en informer.
Nous rencontrons tous les jours de telles atteintes au droit individuel, pratiquées sans contre-pouvoir par les grandes organisations. Nous pouvons saisir la justice, mais dans le cas d’orange, les sommes, même si elles sont colossales au niveau de l’entreprise, sont faibles au plan individuel. De même la mairie de A.., qui a sans doute fini par comprendre qu’elle était hors la loi, n’a pas répondu à mon courrier, oublieuse de cette culture qui voulait qu’une administration réponde toujours à un courrier écrit, et n’en laisse point en souffrance.
Que faire face au silence, au poids de ces organisations ?
Je crois que les blogs, internet, permettent de faire connaître leurs dérives. Pour les assurances qui vous refusent une indemnisation, on trouve des contre-attaques, car je me suis rendu compte, à ma grande surprise, que ces organisations, que je croyais surarmées juridiquement, répondaient par écrit des inepties faciles à contrecarrer.
Certaines organisations publiques ou semi-publiques ont aussi des pratiques inquiétantes : réserver un billet sur internet dispense la sncf de toute responsabilité en cas de grève, et vous ne serez pas remboursés : l’entreprise a réussi par ce transfert au privé, à se dispenser de ses responsabilités fondamentales, comme si j’embauchais un chauffeur qui ne respecterait pas les limitations de vitesse pour préserver mes points du permis.
On constate ainsi que ces organisations décentralisent ou sous-traitent afin de se débarrasser de certaines contraintes de responsabilité.
La vigilance doit être constante de notre part, sinon, nous pourrions terminer avec une démocratie purement formelle, où l’on pourrait tout nous imposer sans contrôle démocratique.

Certains services d’orange sont des chèques en blanc
Depuis que je suis abonné chez orange, je me rends que, si l’on n’y prends garde, et très régulièrement, des prélèvements inexpliqués apparaissent sur les factures. Ils correspondent à des abonnements issus de pubs sur lesquels peut-être quelqu’un a cliqué, ou n’a pas cliqué, c’est improuvable, et qui très rapidement viennent gréver la facture d’une vingtaine d’euros par mois. Comme l’on ne reçoit plus de facture, qu’il faut aller la chercher sur le site Orange, et que l’entreprise se garde bien de les expliciter sur cette fameuse facture en .pdf, l’abonnement internet est surenchéri. Je me suis rendu compte qu’il existait un service internet + “dont je bénéficiais”, et qui permettait à n’importe qui de cliquer sur une touche, et d’engranger un abonnement pérenne représentant plusieurs dizaines d’euros par mois, sans que je signe quoi que ce soit, par un simple clic, peut-être survenu par inadvertance.
Voici la description édifiante de la pub
“Vous réalisez ainsi vos achats en toute confiance et en quelques clics :
a Vos achats sont simplifiés : 2 clics suffisent pour acheter et valider votre achat, sans qu’à aucun moment vous n’ayez besoin de vous identifier.
b Vos achats sont réglés en différé : puisqu’ils sont reportés sur votre prochaine facture d’accès à Internet, que vous réglez à la date et suivant le mode de paiement habituel.
c Aucun frais, ni de commission : le montant de votre achat vous est rappelé avant de confirmer celui-ci.
d Aucune donnée personnelle ou bancaire ne transite sur Internet lors d’un achat.
e Un achat via Internet + ne nécessite aucune installation de logiciel.“
Il existe une possibilité de désactiver cette action, mais il faut vraiment la chercher, de même l’origine et l’explication de la dépense. Cette fonctionnalité est offerte avec l’abonnement, mais sans que le client soit informé de cette grave faille de sécurité. Ce qui veut dire qu’Orange met à disposition un dispositif de paiement ouvert et incontrôlable : rien ne prouve que vous avez vraiment cliqué, et aucune identification n’a été demandée.
Orange a inventé en quelque sorte le chèque en blanc sans signature.
Seul le Figaro évoque les pressions américaines qui ont imposé HADOPI
On dit beaucoup de mal du Figaro, je ne suis pas de cet avis, même si on peut le trouver marqué à droite. Je citerai en exemple cet article qui devrait ouvrir les yeux de beaucoup de gens sur la spontanéité de la mise en place d’HADOPI, il s’agit d’un diktat américain, avec des pressions et du chantage, comme le révèle le cas de l’Espagne. Personne n’a apporté d’éléments pour le cas de la France, mais ils ont manifestement été échangés de manière plus feutrée, et sans révélations. On comprend comment certaines décisions sont prises actuellement, que ce soit au niveau européen, ou au niveau de la France. Pour les américains, le droit d’auteur, et sa protection sont fondamentaux, car leur seule production est dans l’immatériel, et la possibilité de le vendre très cher. Pour cela, HADOPI, et le contrôle orwellien des contenus intellectuels sur le net est un point de passage obligé, et le support de tout le dispositif.
Ce qui est surprenant, c’est que le Figaro est le seul journal à révéler cette information et à la mettre en valeur. Les autres, dont le nouvel observateur, qui pourraient au moins relever comment la décision d’instaurer HADOPI a été mise en place, ne pipent mot.
“Des documents officiels révélés par les médias espagnols dévoilent les menaces économiques opérées par les États-Unis pour que Madrid mette en application une loi sanctionnant les sites violant le droit d’auteur.”
“Le contenu de la lettre dévoilée par El Pais ne fait aucun doute quant à l’objectif des officiels américains: faire changer d’avis Zapatero avant que le Parti Populaire de Mariono Rajoy, qui s’était opposé à la loi Sinde afin de finalement la voter, n’accède au pouvoir fin décembre. Pour cela, l’ambassadeur américain a averti le chef du gouvernement espagnol que son pays risquait fort de se retrouver sur la «Priority Watch List» (liste de surveillance prioritaire) des «plus pires violateurs des droits de la propriété intellectuelle», où se trouve déjà la Chine, l’Inde ou la Russie. En clair, l’Espagne risquait de subir de très sérieuses sanctions commerciales de la part des États-Unis pour avoir refusé de mettre en application une législation anti-piratage.
Jose Luis Zapatero n’a pas répondu aux demandes américaines. Mais à peine arrivé au pouvoir, le gouvernement de son successeur, Mariano Rajoy, s’est empressé d’adopter les décrets techniques nécessaires. Les médias espagnols ont révélé que Mariano Rajoy avait reçu quelques heures auparavant une lettre de la Chambre de Commerce américaine en Espagne menaçant le pays de sanctions économiques.”
“Les documents de WikiLeaks montrent que la diplomatie américaine a vanté la Hadopi française auprès des responsables espagnols. L’adoption de la loi française a en effet été suivie de très près par les Américains, si l’on en croit les télégrammes diplomatiques de WikiLeaks.
«L’ambassade [américaine à Paris] travaillait en liaison constante avec les grandes associations de l’industrie américaine du show business. Le vote de la loi Hadopi était pour elles une «priorité très importante», d’autant qu’elle pourrait servir d’exemple aux autres pays européens», expliquait en décembre 2010 Le Monde. Ce lobbying américain aura permis l’adoption d’un amendement atténuant un article de la loi «Création et Internet» de 2006 ne plaisant pas à la la BSA (Business Software Alliance).”
Est-ce que notre jeunesse aurait été transformée par le net ?
Il est parfois intéressant et captivant de se retourner vers le passé et d’imaginer ce qu’il aurait pu devenir si tel ou tel évènement s’était produit, à la manière d’historiens américains qui examinent d’autres passés possibles, comme si l’histoire pouvait devenir expérimentale.
On est dans un monde d’une connectivité impressionnante, où l’on peut ne perdre personne de vue dès lors que l’on dispose de son nom, de son adresse mèl, ou de son téléphone portable. Je m’en rends compte tardivement, c’est un moyen d’entretenir des liens faibles, de conserver un contact avec des gens perdus de vue, mais que l’on retrouve incidemment sur facebook, ou à qui on envoie un mèl à travers un groupe de destinataires, ou avec qui l’on échange brièvement sur copainsdavant, mais là le temps passé est trop important, et la distance souvent trop grande pour qu’il se produire quoi que ce soit.
Cette arrivée de ces technologies sur le tard de ma vie m’a permis de garder ces liens qui auraient été perdus autrement, et ce n’est pas une mince victoire. Lorsque nous sommes arrivés à Paris, toutes les rencontres étaient sans lendemain, on se perdait très vite de vue, il semblait que les gens y soient glissants comme des anguilles, insaisissables. Les technologies actuelles nous auraient permis de constituer plus rapidement un réseau, d’échanger des infos, même à travers des liens faibles, et de poursuivre les contacts.
Notre génération a souffert d’un anonymat et d’une invisibilité dont la génération actuelle ne connait que l’envers, par les traces qu’elle laisse dès l’enfance sur le net, et qui permettent de la suivre pas-à-pas au cours de sa vie. Notre problème était alors inverse, des anti-Rastignac qui ne conquéraient rien, et ne pouvait retenir plus que du sable les relations qu’ils se faisaient.
Sauf si le gouvernement se met à poursuivre les internautes, et pratiquent une censure à outrance, ou que la recherche d’emplois nécessitent une quasi-clandestinité digne de la résistance des romans orwelliens, le net sera au final plutôt une ouverture vers l’autre, et vers la connaissance. Si l’on ne se perd pas dans un net aseptisé qui ressemblerait à TF1, et s’il peut continuer à se développer, si les versions d’hadopi point x n’en réduisent pas l’intérêt pour des raisons commerciales. Comme le dit un artiste, il est moins grave d’être piraté, que de ne pas être diffusé. Pour 99,99 % des créateurs, c’est l’absence de diffusion et de partage le problème, pas le piratage.
Je n’ai jamais lâché le livre, qui arrive en premier dans mon classement, parce qu’il nécessite une méditation profonde, et de se laisser imprégner par les mots, les idées, les constructions. Seul le livre construit l’esprit, dans la lenteur et le travail, non spectaculairement. Tout le reste peut s’y ajouter sans dommage, comme une extension, mais ne peut s’y substituer.
Ainsi je pense que notre jeunesse déracinée dans la grande ville aurait été plus intense et plus vite construite avec le net, que c’est un moyen d’investir la vie plus rapidement, et de bâtir un réseau pour qui débute de rien. Par ailleurs l’accès à des groupes traitant de préoccupations particulières facilite la vie, en apportant des réponses difficiles à trouver autrement. Disposer de plus de données est une chance. Tout cela ne serait-il pas trop virtuel ? peut-être, un peu comme les commandes sur le net butent sur les difficultés de la poste, il faut aussi qu’il y ait du réel derrière, il ne suffit pas de s’associer virtuellement pour que toutes les structures et le travail nécessités par une association existent pour autant. Dans un deuxième temps, on rencontre donc forcément la question humaine, le net ne fait que faciliter la relation, ensuite, tout demeure comme avant.
les jeunes sont-ils nuls ?
Je ne me souviens plus de quoi s’étonnaient les parents d’autrefois, aujourd’hui, c’est du temps perdu sur internet, sur les ds, les play-stations, le streaming, et nos multiples chaines de télévision. Un monde artificiel, digne de notre éternel présent sans avenir.
Les adultes se souviennent de leurs préoccupations, de leurs interrogations intellectuelles, et s’étonnent que cette génération se perde dans le divertissement, et soit très “people”, là où nous nous moquions des chanteurs à paillettes que nous proposait la télévision des années 70. Aujourd’hui, c’est presque la revanche posthume de Maritie et Gilbert Carpentier.
Les enfants ne lisent rien, déplore-t-on autour de moi. Dans les classes moyennes, il semble que les enfants ont tout, que l’on ne sait plus même quoi leur proposer comme nouveau jouet. C’est comme une profondeur qui aurait disparu des nouvelles générations.
Ma vie en télécran
Lentement et insidieusement, tout ce que nous accomplissions avec de vrais humains ou de vrais objets a été transposé sur des écrans. L’écran est le spectacle, une médiation entre toutes les choses et nous. Je lis le journal sur matin sur internet, de même pour la télévision et certaines émissions choisies, je travaille sur écran, j’achète mes billets de train sur écran, et non au guichet. J’écoute de la musique sur Internet, et non sur une chaine qui nécessitait de manier un objet réel, disque cd ou disque vinyl. De même pour les films, on ne manie plus de DVD, mais on clique sur un bouton de streaming. Les formalités administratives, la déclaration d’impôts est effectuée sur écran, et sur aucun papier nécessitant le maniement d’un crayon. La police observe des écrans dans des salles de vidéosurveillance, en se rendant moins souvent sur le terrain.
Les enfants n’ont plus de jouets ni de jeux, mais tapotent sur des DS et des consoles, de même ils pratiquent le sport avec la WII. Je me dis parfois que je devrais réduire ma dose d’écrans, mais je me rends compte, qu’au fil du temps, rien de nos ne se passe en dehors de l’écran, il a virtualisé tout ce que nous faisons. La réel, la matière, paraissent inaccessibles. Mon enfance est ainsi éloignée non par le temps, mais par le fait que les pratiques très concrètes et matérielles, l’achat chez le commerçant, les jeux, l’attente au guichet, ont disparu, et que l’on ne semble plus que tapoter sur des claviers, qui eux mêmes ont tendance à disparaitre au profit des écrans tactiles. C’est comme si le monde avait disparu. On pourra bientôt effectuer ses démarches et ses achats sans croiser un être humain, l’administration que l’on disait trop éloignée de l’usager, va devenir une “administration à distance” sans présence humaine.
Orange n’a pas le droit de cesser l’envoi de factures papier
Avec le net on peut vérifier toutes les histoires que les commerciaux nous racontent. Par exemple, Orange ne m’envoie plus de facture papier, en me disant que je dois les consulter sur mon compte client. Comme je suis débordé par les spams, et que beaucoup de messages avec un intitulé Orange sont des arnaques, je ne prête pas d’attention à leurs messages, et je préfère disposer de factures que je stocke et règle en fin de semaine. Grâce au net, et l’aide de bonnes âmes qui écrivent des articles sur leur blog pour prévenir les autres de toutes ces actions sans base légale, j’ai pu trouver pourquoi cette pratique d’orange est illégale. Il n’est pas possible légalement d’imposer au client la facture électronique :
“Les factures mentionnées aux articles 1er et 10 ci-dessus sont envoyées au client sur support papier ou, avec son accord préalable et exprès, sur un autre support durable à sa disposition.”
Arrêté du 1 février 2002 relatif aux factures des services téléphoniques- Article 14
NOR: ECOC0200002A
Le blog, un art moyen
Comme Pierre Bourdieu décrivait la photo comme un art moyen, faut-il en dire de même pour le blog ?
Un potentiel énorme existe de nos jours de personnes pouvant écrire sur tous sujets, et jusqu’à peu, il ne leur était pas possible de diffuser ces écrits, de les faire connaître, ce que le net et notamment le blog permet. Le blog est un peu au livre ce que la photo est au dessin, une technique qui permet à chacun de prendre de bonnes images, sans la difficulté d’un apprentissage long et difficile. On moque les “éditorialistes du blog”, mais ne sont-ils pas aussi crédibles que les “vrais”, souvent donneurs de leçons et pontifiants sur des sujets dont ils ne savent pas grand chose. Le blog permet d’écrire sans avoir le souffle suffisant, à partir de l’expérience que l’on choisit, et comme la photo, il préfère sans doute l’éthique à l’esthétique, ne visant pas une œuvre artistique, mais l’expression personnelle et le partage. C’est un peu plus qu’une parole, il en reste davantage de traces, quoique le souvenir de la parole est marqué par le grain de la voix, qui traverse parfois le temps dans les mémoires, mais cela ne se veut pas un texte. Le support n’en permet pas la pérennité, c’est un peu l’écume du temps, transformée en écrit.
Prisonniers d’Internet et des écrans
J’ai connu un monde sans écran ou presque, mis à part la télévision familiale, mais que l’on ne regardait qu’en soirée commune en famille justement, avec quelques voisins. C’était un spectacle parcimonieux, disponible seulement quelques heures par jour, avec des mires interminables, qu’il fallait contempler avec patience en attendant une émission.
J’ai vécu mes premières années à Paris sans télé, parce que la ville me semblait plus intéressante à parcourir que la station fixe devant un écran, dont l’arrivée de Berlusconi avec la 5 a été un choc terrible, abdication devant une médiocrité hallucinante.
Les forums internet ne correspondaient à aucun besoin puisque l’on pouvait discuter devant une bière, ou en marchant. Un peu de sport, de la lecture, la magie du cinéma de quartier, “le grand pavois”, aujourd’hui disparu du XVème arrondissement, les voyages à la dure chez “nouvelles frontières” (les images abêtissantes des animations au Club Med me collaient le cafard).
Bien sur, j’ai eu un micro professionnel dès 1986, mais il était relativement limité, et ne fonctionnait pas à temps plein comme aujourd’hui. 1999 est le grand tournant, je me suis rendu compte, malgré les limitations d’une connexion encore coûteuse, que l’on pouvait passer ses soirées sur le net. Bientôt, le net est devenu ma source d’informations, et a remplacé les journaux sans remplacer la lecture des livres, et je refuse le e-book, car peu pratique, et je me sentirais mal dans une maison sans livres. Je m’étonne parfois d’aller chez les gens et de ne pas y trouver de livres, c’est comme une étrange absence, un vide dont on se demande s’il ne peut aussi concerner la réflexion. Aujourd’hui, les jeunes sont en permanence devant des écrans, de jeux video, ou écran plat de télévision. Le temps passé est considérable, on se demande si les gens se parlent encore, est-ce qu’Internet est plus satisfaisant qu’une conversation de vive voix. Les gens sont isolés, voient moins de monde, la mobilité professionnelle est passée par là, nous sommes plus loin de nos bases, et avec le temps on ne peut cultiver d’amitiés qui ne se nouent plus entre des gens sans vraie culture commune, et trop avancés dans la vie pour cela. De jour en jour, et j’y contribue moi aussi, toute relation est médiatisée par des écrans, des machines. J’ai déjà évoqué les caisses automatiques destinées à remplacer les caissières, sur lesquelles même les grandes surfaces ont du reculer, les distributeurs divers, lents et dysfonctionnels qui remplacent les employés, le remplacement des agents par des répondeurs.

Je comprends la difficulté des personnes âgées, dont l’isolement est important, et qui se retrouvent de plus en plus face à des machines, comme dans un cauchemar SF des années 60 ou 70. Il devient difficile de régler un problème sans interlocuteur humain, et nous nous retrouvons esseulés face à des processus. Oui, ce temps pris sur la parole, cette déshumanisation du monde est le trait frappant de l’évolution de ces 15 dernières années.







