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Le Val d’Oise tire-t-il ses élèves vers le bas ?
Un les inégalités socio-spatiales d’éducationa été produit sur les inégalités territoriales en matière scolaire. Je suis frappé par la comparaison entre deux deux départements, le Val d’Oise et la Haute-Loire et la Loire. En page 104 on trouve un tableau de comparaison entre le taux de réussite attendu et le taux observé. Pour le Val d’Oise, le taux observé est inférieur de 5% à ce qu’il devrait être compte tenu de la composition sociale, alors qu’en Haute-Loire il est supérieur de 3,6%. Bien sur, il peut y avoir des biais, les classes sociales ne sont pas homogènes en définition sur le territoire, avec le même revenu on peut être riche en Haute-Loire, et pauvre en région parisienne, compte tenu du poids budgétaire de l’immobilier pour les familles. Mais quand même 8% d’écart dans les résultats entre ce département rural, et ce département de banlieue.
Le rapport explique que les enseignants fuient les mauvais établissements, ainsi que les bons élèves, et ils sont pris dans une spirale descendante. C’est donc le niveau plus faible des plus faibles qui ferait en quelque sorte baisser la moyenne. On peut se poser beaucoup d’autres questions, rechercher encore d’autres facteurs d’explication.
C’est une grande question qui est posée aux hommes politiques de la région parisienne, ce fait que la région intrinsèquement tire ses élèves vers le bas, au-delà de leur défaveur sociale. Mais est-ce qu’il existe un problème culturel ? Un journal a proposé cette interprétation :
“Semaine du jeudi 25 mai 2006 – n°2168 – Notre époque
Résultats excellents en Haute-Loire, mauvais en région parisienne
Collèges : la revanche des campagnes
La concurrence forcenée entre établissements scolaires qui existe dans les départements fortement peuplés tire les résultats d’ensemble vers le bas. Une équipe de chercheurs de l’éducation vient d’en faire la démonstration
Dis-moi où tu habites, je te dirai comment tu réussis ! Telle est la révélation d’un rapport sur les inégalités territoriales en matière d’éducation, dont « le Nouvel Observateur » a eu la primeur (1). L’équipe des chercheurs y fait valser les idées reçues sur le déterminisme social des résultats scolaires. Qui existe, certes, mais, nous apprend ce rapport, les spécificités régionales pèsent tout aussi lourd. A milieux comparables, les élèves de la Haute-Loire réussissent bien mieux que ceux de la région parisienne. C’est aussi simple et aussi terrible que ça.
Cette découverte est le résultat d’un gros travail. Enquêtes de terrain, exploitation de séries statistiques, confrontation des résultats réels des écoles et collèges avec ceux qu’ils auraient dû obtenir (2), compte tenu de leur profil sociologique, du nombre d’élèves étrangers, de la proportion de parents chômeurs et d’élèves boursiers. «Cette comparaison permet de faire apparaître la plus-value de l’établissement ou du département», explique le sociologue de l’éducation Sylvain Broccolichi.
Bilan ? Une dizaine de départements français sont en « sur-réussite » scolaire. La Haute-Loire, plus célèbre pour son festival de musique, ou la Loire, chef-lieu Saint-Etienne ; et aussi la Vendée, le Lot-et-Garonne, les Hautes-Pyrénées, la Meuse… des département ruraux pour la plupart, assez peuplés (entre 30 et 80 habitants/km2), qui comptent quelques dizaines de milliers d’élèves. A l’inverse, une douzaine sont en « sous-réussite » : l’Ile-de-France (sans Paris), l’Oise, la Somme et l’Eure. Et toute la Côte d’Azur. Soit plusieurs centaines de milliers d’élèves.
Pourquoi Marseille ou la région parisienne font-elles moins bien réussir leurs élèves que la Meuse ou la Vendée ? La faute à la densité urbaine. Les chercheurs le démontrent : dans les zones rurales, les collèges et lycées, éloignés les uns des autres, ne se font pas d’ombre. Le bon collège, c’est le collège du coin. Les établissements n’ont pas besoin de batailler pour retenir leurs meilleurs éléments. Du coup, ils offrent un cadre d’études préservé, loin des tensions et des angoisses qui perturbent la scolarité dans les grandes villes. Et pan sur le bec à ceux qui critiquent la carte scolaire, cette sectorisation qui impose aux familles l’établissement du quartier. Autres ingrédients de la sur-réussite : la stabilité des équipes enseignantes, une forte proportion de professeurs expérimentés, un taux élevé d’enfants qui vont en maternelle un peu avant 3 ans.
La Loire, seul département urbanisé du top ten, est un cas d’école. Surprise des chercheurs quand ils la trouvent dans le haut du panier. «Les résultats de Saint-Etienne étaient tellement bons que nous avons cru à un trucage», s’exclame Sylvain Broccolichi. Le secret de la réussite stéphanoise ? Un cocktail rare. D’abord, élus, associatifs, inspecteurs, tous semblent travailler ensemble à la bonne marche des établissements, « une solidarité héritée de la culture minière», selon leschercheurs.Mais plus encore ces bons résultats sont liés, disent-ils, à l’absence d’un établissement d’élite où se concentreraient les rejetons de la bourgeoisie locale. Broccolichi : «La pompe du contournement n’est pas amorcée.»
Ce climat préservé, cette sérénité qui permet de se concentrer sur les apprentissages, voilà ce qui manque cruellement aux départements du Bassin parisien et de la Côte d’Azur en sous-réussite. «Dans ces départements denses, le maillage serré des établissements perturbe leur fonctionnement. Bafouant les règles de la sectorisation, les collèges s’y livrent à une surenchère inavouée pour attirer les enfants «les plus appréciés», les moins problématiques, les plus favorisés», explique Sylvain Broccolichi. Et les profs suivent. Car l’évitement est aussi pratiqué par les enseignants, qui fuient les collèges… fuis par les élèves. «Une logique de sauve-qui-peut généralisée qui entraîne une concentration des difficultés et une dégradation du climat dans ces collèges.» Et qui pénalise les élèves «captifs», souvent issus de l’immigration.
Cette concurrence pousse les collèges à tout mettre en oeuvre pour retenir ou attirer les bons élèves, via les classes européennes et autres classes musicales : une forme de ségrégation interne «préjudiciable au plus grand nombre», puisque lesélèves déjà fragiles sont relégués dans des « classes poubelles », qui tirent vers le bas la moyenne de l’établissement. Mais qu’on se le dise : tous les enfants trinquent. Dans les académies de Versailles et de Créteil, les fils de cadres, eux aussi, ont généralement de moins bonnes notes qu’ils ne le devraient. Car il n’y a pas que les collèges populaires qui voient fuir leurs meilleurs éléments et qui plongent dans un sentiment d’exclusion qui nuit aux résultats. Par contagion, les collèges moyens subissent, à moindre échelle, les mêmes effets. Seuls une poignée d’établissements, publics et privés, tirent les marrons du feu et obtiennent à l’inverse d’excellents résultats.
L’inquiétude des chercheurs est palpable quand ils évoquent les solutions possibles. Comment appliquer la recette stéphanoise aux collèges cabossés de la couronne parisienne ? Comment limiter l’évitement, consolider les équipes de profs, créer une dynamique de soutien (avec les élus, les associations) autour des établissements qui flanchent ? Cher à Gilles de Robien, le nouveau dispositif « Ambition Réussite » mis en place dans les collèges les plus fragiles a ces prétentions. Mais ces mesures qui vont dans le bon sens sont d’avance sabotées par le manque… d’ambition, alors même que les ghettos scolaires et sociaux s’accentuent. L’égalité du service public d’éducation ? On n’y est pas.
(1) « Les Inégalités socio-spatiales d’éducation. Processus ségrégatifs, capital social et politiques territoriales », rapport des chercheurs Brigitte Dancel, Jean-Paul Russier, Danièle Trancart, Sylvain Broccolichi, Catherine Mathey-Pierre, Brigitte Larguèze, Edith Waysand, Carole Asdih, Choukri Ben Ayed, Elisabeth Gagneur, François Quinson, commandé par les ministères de la Recherche, de l’Education et de la Datar, mai 2006.
(2) En exploitant les évaluations à l’entrée en sixième, les résultats au brevet des collèges entre 1999 et 2003, et le devenir des élèves un an après leur passage en seconde .
Caroline Brizard Emmanuelle Walter “
Saint-Etienne, seule vraie France ?
Saint-Étienne, personne ne savait la situer sur une carte lorsque je suis arrivé en région parisienne. A Saint-Etienne, on me consolait “c’est vrai que le niveau à Paris est nul”. Pourtant, lorsque j’étais enfant, on regardait la France (comme Mandrin, monté sur la potence ?), et l’on se disait qu’elle avait beaucoup de régions périphériques, les marches du royaume, le nord, le sud, l’Alsace, la Bretagne, et Paris, si spécial. Les banlieues n’existaient pas encore à l’époque, et la concept en était inimaginable. On en arrivait à la conclusion, que parmi toutes ces régions, nous étions sans doute l’une des plus authentiquement françaises, avec le Morvan et les bords de Loire, la vraie patrie de Vercingétorix, nous étions en quelque sorte à l’intérieur du saint des saints, les vrais descendants des gaulois. Nous avions même une équipe de football, dont la popularité n’a jamais été égalée depuis, et qui représentait le pays entier, pas seulement ses marges comme aujourd’hui c’est le cas de certains clubs.
Cette mentalité, cette vision des choses serait improbable aujourd’hui, et le temps m’en semble si loin.
Lieux insolites
J’ai testé mon samsung wave II 8350, un téléphone portable. J’ai essayé de trouver un modèle qui puisse me permettre de disposer d’un appareil-photo et d’un camescope d’appoint, car ces outils sont surtout utiles quand on peut les porter sur soi et rester réceptif aux occasions. La photo en intérieur, avec ou sans flash est fort médiocre, sans doute parce que la vitesse est lente dans cette situation. Toutefois, le camescope est un bon dépanneur. Il permet de saisir des images que l’on ne prendrait pas en compte autrement. J’ai donc ramené cette petite moisson de lieux, dont certains peu connus, mais insolites.
La raffinerie de Feyzin, près de Lyon, offre un beau spectacle la nuit, avec ses multiples lumières, comme un 8 décembre perpétuel.
Le corbusier, cet architecte paradigmatique de la modernité et de la valorisation du béton brut, conçut l’église de Firminy, qui ne fut jamais achevée.
Vues en contrebas, le quartier de la défense présente un spectacle prodigieux, celui d’un Paris futuriste
La mixité, une idée impossible à l’école
Au tout début des années 70, on a introduit la mixité à l’école primaire, et ce fut perçu comme une grande nouveauté, un progrès social, la fin d’une époque plus obscure, un monde qui venait, différent. Dans mes souvenirs d’enfants, les débuts de l’expérience, avec l’arrivée de deux filles à l’école de garçons de la Vivaraise, à Saint-Etienne, apportaient un charme neuf, et déjà un élève de CM2 appelait l’une des filles “ma poule”, ce qui était plus populaire que machiste.
Aujourd’hui, en un tout autre temps, je n’entends plus que déplorations. Les institutrices se plaignent de ce qu’il n ‘y a plus d’hommes dans les écoles, que les garçons sont ingérables, et perturbateurs, et que tout irait bien s’il n’y avait que les filles. De même, les filles elles-mêmes se plaignent de ne pouvoir étudier calmement en présence des garçons, dont le degré de maturité n’est pas le leur, et que personne ne parvient à tenir.
En somme, les professeures, les élèveues, regrettent le monde ancien, où tout leur semblait plus harmonieux, plus vivable. On a ri des Etats-Unis où certaines filles ont demandé la création d’écoles non mixtes pour retrouver la sérénité, mais maintenant cette revendication impolitiquement correcte perce à nouveau en France, même si elle ne rencontre pas d’échos, et si personne ne sait quoi en faire parce qu’elle ne peut rentrer dans aucun projet de société moderne.
Saint-Etienne, le lycée du portail rouge, années 70
Ce n’est pas vraiment avec nostalgie que je l’évoque, je le vois encore comme un grand bâtiment, typique de l’architecture de ces années là, et pas à taille humaine pour moi. Je me souviens des courses incessantes d’une classe à l’autre, car l’enseignant était immobile, et tout le reste était en mouvement.
Rétrospectivement, c’est peut-être le regard d’Annie Ernaux qui m’apporte aujourd’hui le meilleur éclairage sur ces années, je crois qu’il y a quelque chose de sa jeunesse en moi, peut-être encore en pire.
J’essaie d’extraire cela quelques bons souvenirs, comme celui de Monsieur M qui nous avait appris à aimer le français et le latin, mais que cette adolescence “d’autrefois” me semble triste rétrospectivement, je ne crois pas que je garde de bons souvenirs de ce temps là, et je m’en rends compte sur copaindavant, où mes condisciples contactés ne respirent pas la nostalgie. Je veux bien croire que je suis atteint d’hypermnésie, et que c’est une mauvaise chose, car on n’oublie rien d’autant de mauvais souvenirs, rien ne disparait.
Une flamme olympique orne l’accueil de l’établissement qui a reçu depuis le nom d’un grand technocrate européen, et je vois encore les multiples fenêtres bleues alignées à l’infini, dans ce béton d’un seul bloc.En quittant la primaire, j’ai eu l’impression de rentrer à l’usine, dans un monde où je me suis épanoui intellectuellement que sporadiquement.
J’ai regardé le classement du figaro ou de l’express, je ne sais plus, et j’ai constaté sa décadence, qui le place tout en bas des classements. Etait-ce le cas à l’époque, ce n’est pas certain, bien que les familles faisaient des pieds et des mains pour rentrer à Claude-Fauriel. Il était réputé gauchiste, mais les quelques gauchistes étaient ce qu’il y avait de plus sympathique. Il était difficile de s’y plaire, le système de classement des niveaux de 1 à 13 faisait que les classes étaient très différentes, et triées en quelque sorte. J’avais choisi, ou plutôt, on m’avait conseillé allemand pour être dans une classe forte, et un prof disait de nous en conseil de classe “ils ne se font pas de cadeaux”, et c’était une appréciation des plus justes.
Alain Peyrefitte écrivait dans “le mal français” que la France voyait ses conditions s’égaliser, que l’on ne différenciait plus le bourgeois du prolétaire à l’école, c’était vrai, il y avait davantage de mélange social, mais les différences étaient plus sourdes et dissimulées, plus hypocrites qu’à notre époque où l’argent fait plus clairement la différence, puisque les classes n’habitent plus les mêmes quartiers.
Je regrette que cette époque de formation ne m’ait pas laissé que de bons souvenirs, et cette insatisfaction a fait que je me sens en grande partie un autodidacte, que j’ai du rechercher en grande partie par moi-même des réponses que l’école ne pouvait me fournir. Même si avoir été dans la meilleure classe présente des avantages, qu’il y a eu une concurrence, je ne l’ai pas trouvé stimulante, parce qu’elle s’est souvent résumée à des mesquineries, du bachotage, sans véritable émulation.
J’ai été frappé par l’attention apportée aux mathématiques, sur lesquelles il fallait mettre tout l’effort, sans une compréhension véritable, de manière opérationnelle en fait, et qui semblait nous dessécher de toute vraie vie intellectuelle. Quelque chose de la scolastique.
Certains cours étaient de vrais plaisirs comme la physique au lycée, plus passionnante que les maths et sans la pression de l’enjeu du classement, et donc du déclassement, la biologie, les lettres, et l’histoire, quand le prof savait nous captiver, l’enseignement est une forme de théâtre, et on peut y briller plus ou moins.
C’est une grande morosité en fait qui me saisit à ce retour sur ce passé, tant personnel, que lié à l’ambiance, parmi tous nos souvenirs ceux de l’enfance sont les pires, chantait Barbara. Je revois avec plus d’émotion d’autres écoles de la ville, mais mon passage au lycée, en sept ans, fut le passage le plus difficile de ma vie.
Faut-il travailler plus ?
J’ai trouvé absolument ridicule le discours de notre président expliquant que nos difficultés provenaient des mesures telles que la retraite à 60 ans, et les 35 heures, alors que ce sont les seules mesures qui ont eu une incidence positive sur le chômage. Je me souviens que dans les années 70, sur Saint-Etienne, l’église militait pour les 35 heures pour des raisons humanistes, en considérant que le travail devait être partagé. L’homme ne se réduit pas à sa fonction travail, il a d’autres besoins, d’autres aspirations, d’autres devoirs. Les pauvres journalistes “en pot” n’ont pu rappeler que notre président avait lui-même augmenté la dette de 500 milliards en 4 ans, par une politique de finances publiques irresponsables, que la Cour des comptes et même Philippe Marini, président de la commission des finances du Sénat, ont épinglée. C’est donc un discours surréaliste qui a été tenu, où l’on mettait en cause tous les progrès de la société pour ne pas évoquer la régression des dernières années.
Doit-on vraiment travailler plus individuellement, ou collectivement ? l’Allemagne n’a peut-être pas les 354 heures, mais le travail féminin est moins répandu. Le travail féminin français est une sorte de miracle, il tient à une mentalité plus égalitaire, ou plus indifférenciée qu’ailleurs. Le travail féminin est fragile, il tient à certaines conditions sociales qui sont menacées. Il est aussi une obligation pour certaines, qui élèvent seules des enfants, mais les familles monoparentales existent aussi parce que la société les a rendues possibles.
Le discours sur le travailler plus ignore le rôle masculin en France, le partage des taches en famille, le temps que l’on consacre à autre chose qu’au travail, c’est une vision unidimentionnelle de l’être, dont le seul intérêt serait d’être une force de travail moins coûteuse pour l’économie. Le discours du MEDEF est celui d’une vision pauvre de l’homme, au moins EA Seillière rigolait in peto des énormités qu’il sortait pour provoquer, il n’est pas possible qu’il y ait cru un instant, et d’ailleurs personne ne le méprisait au point d’imaginer qu’il croyait à ce qu’il disait autrement que comme une bouffonnerie. J’ai toujours beaucoup ri en l’écoutant au second degré, peut-être riait-il avec moi du burlesque de ce qu’il racontait pour son public et ses adhérents.
On nous sert donc en modèle des pays qui n’ont pas réussi à rendre possible le travail féminin, du fait de leur organisation sociale et professionnelle. En réalité, les gens n’y travaillent pas plus, mais les rôles sexuels sont bien tranchés. Les économistes le disent, la retraite à 62 ou 67 ans demain, va retirer des emplois à la jeunesse, et les 35 heures, un temps moins important passé dans les transports concourraient à une meilleure qualité de vie.
L’Europe, sous le voile d’une vertu affichée, a permis de faire n’importe quoi. L’euro nous a mené sur un Titanic ivre menacé par les icebergs de la finance.
La mafia stéphanoise dirige-t-elle Lyon ?
C’est ce que laisse entendre ce titre de la tribune de Lyon, dans lequel chronique notre ami Romain Blachier, du blog “lyonnitudes”. Si quelqu’un a lu l’article, dont on sent que le titre provocateur a pour volonté de faire frémir dans les beaux-quartiers de Lyon. La ligne Saint-Etienne/Lyon est la plus chargée de France, les deux villes pourraient fusionner, tant elles sont en train d’échanger leurs populations, les lyonnais fuyant la hausse de l’immobilier en s’installant à Saint-Etienne, comme les anciens parisiens sont partis en banlieue, et les stéphanois fuient le chômage en partant travailler à Lyon, tous les matins, comme de nouveaux banlieusards de province.
La mort solitaire du docteur N
Jean Reverzy, médecin lyonnais, a écrit “le passage” qui décrit la mort du patient, et “place des angoisses”, sur la mort du médecin. Je ne sais pourquoi la médecine est si importante à Lyon, et structure la ville à ce point, sa politique, sa littérature.
Je repense maintenant au docteur N, médecin à Saint-Etienne, et qui m’a suivi longtemps avant que je gagne d’autres cieux. Il est mort voici quelques années, dans la solitude de l’Alzheimer qui lui a pris sa mémoire. Il m’impressionnait enfant, parce qu’assez autoritaire, mais ce fut lui qui décela le mal qui me rongeait. A l’époque, peu d’espoir, Jules Traeger à Lyon débutait seulement la transplantation et la dialyse, et il comptait les patients qu’il enterrait d’un mal sans rémission. Il utilisait les techniques modernes au début de ces années 60, et c’est ce qui lui a permis d’opérer un diagnostic juste. Je ne pense pas qu’il a pu imaginer que ce serait moi qui l’enterrerait un jour, que je durerais aussi longtemps.
Lorsque le temps a passé, ce sont les fantômes du passé qui nous hantent. Je repense à cette période angoissante comme une image de vieil hôpital, aux résultats qui se détérioraient en pente douce, et je ne comprends même pas que je sois là encore, après toutes ces décennies inespérées.
Saint-Genest-Malifaux, dans le parc du Pilat
Saint-Genest Malifaux, dans le parc régional du Pilat, possédait un lac de barrage autrefois, Aujourd’hui, il est vide et les contentieux empêchent de le remplir à nouveau. Le fond vide que la végétation occupe maintenant, ressemble à un début du monde, tant il est rare de voir une surface sauvage de nos jours.
Saint-etienne, ville pauvre et déshéritée de province ?
Je devrais réaliser un florilège des lieux-communs et des idées toutes faites que l’on entend sur certains lieux. Prenons Saint-Étienne, une ville du massif central près de Lyon. A Lyon, elle est vue comme une ville pauvre et inculte, avec un accent populaire, qui, toutefois, pour ceux qui ont quitté la ville, est proche de l’accent lyonnais. En région parisienne, personne ne parvient à la situer sur une carte de France, les bretons la placent dans le midi, les parisiens près de Marseille. Sur le plan de la culture, on me plaint d’avoir d’avoir dans un lieu si coupé du monde et de toute civilisation, comme si je venais du tiers-monde”, cela explique bien des choses, sans que l’on ait toutefois l’impression que les gens de la capitale en sachent plus, ni que leur écart de culture paraisse déterminant. Il y a peut-être plus d’accès aux spectacles, mais le spectacle n’est pas toute la culture, on peut réfléchir partout dès lors que l’on y dispose d’une bibliothèque, et que les écoles y enseignent la même chose. Dans mon enfance, on parlait d’une ville noire, huileuse. Pourtant on dévorait le catalogue de Manufrance jusqu’en Afrique et les “verts” sont restés la seule équipe authentiquement populaire, une légende au niveau de Marcel Cerdan. Il existe un provincialisme parisien, dont les parisiens, qui pour la plupart habitent la banlieue, n’ont pas conscience.
Pour en juger, voici quelques images du centre-ville.






