Archiver dans la catégorie ‘médecine’
Le biopouvoir des banques
Enzo Traverso, l’historien, utilise le concept de biopouvoir, développé par Michel Foucault, pour désigner un pouvoir de la société, qui au contraire du pouvoir politique, s’exerce sur nous en tant qu’animal, plutôt qu’homme. C”est un pouvoir qui s’adresse au biologique. Ce que Sarkozy dénonce dans cette video, extraite du débat avec Ségolène Royal de 2007, mais sans y avoir beaucoup remédié, c’est la possibilité pour les banques de sélectionner biologiquement les emprunteurs. La Halde qui est pourtant allé chercher des poux dans les manuels scolaires a validé cette sélection qu’elle n’a pas considéré comme une discrimination, dès lors que des intérêts et un calcul financier rationnel était en jeu. Ce qui n’est pas à son honneur.
Lyon, 1964, les premières xénogreffes à partir de chimpanzés, une histoire oubliée
J’ai aimé le film “la planète des singes les origines” que je trouve plus puissant et plus original que la reprise de Tim Burton. En même temps que je voyais ce film et ces singes humanisés, avec l’âge mon esprit est plein de résonances du passé, et j’ai soudain revu les images des années 60 sur les premiers essais de xénogreffe à Lyon en 1964. Ces images avaient marqué les esprits, et comme je fus précisément hospitalisé dans le service filmé dans cette video à cette époque, il est possible que cette histoire, dont on parlait à l’époque ait frappé mon esprit d’enfant.
En ce temps là, une greffe avait tenu 9 mois chez une institutrice de 23 ans de la nouvelle-Orléans, et l’on entretenait d’immenses espoirs qui ne furent jamais confirmés. Ces images en noir et blanc, quoique assez austères, souvenir de cette tentative oubliée, on peut malgré tout ressentir une certaine émotion à les découvrir, et l’on doit tenir compte du contexte de l’époque rappelé dans les explications du professeur Jules Traeger, la sensiblerie ne doit pas l’emporter sur la sensibilité, c’était il y a 50 ans. Aujourd’hui, les singes nous semblent des presque humains que l’on ne pourrait traiter ainsi.
Cet hôpital a été désaffecté au milieu des années 70, c’est aujourd’hui un hôtel de luxe, mais je crois que j’y verrais des fantômes comme dans le shining. Ce sont des images rares, aux Etats-Unis on a peu parlé de ces tentatives, parce qu’elles passaient mal dans l’opinion. Je ne sais pas si vous trouverez un intérêt à regarder ces vieilles images, mais elles me semblent faire partie de ma mémoire orale, des histoires que j’ai entendues.
Le puits et le pendule de notre temps
L’imagerie ancienne connaissait à travers le jeu de tarot une métaphore du destin écrit à l’avance. Notre monde moderne connait les analyses médicales, qui jouent un rôle équivalent, en annonçant ce qui était imprévisible et inconnu. L’attente des résultats est une longue angoisse, et une rétrospection, un moment où les heures comptent, ainsi que les petits évènements, comme dans le compte à rebours de “Cléo de 5 à 7′ d’Agnès Varda, où la cinéaste oppose le physique pulpeux de l’actrice Corinne Marchand avec l’annonce de sa condamnation par un résultat d’analyse attendu. Le film est le récit de cette attente.
Les connaissances médicales permettent de connaître notre destin plus vite qu’elles ne permettent de le modifier, et je me souviens d’un rapport administratif dénonçant l’acharnement à détecter des maladies incurables, l’information obtenue à grands frais détruisant le patient sans lui offrir de perspectives.
Cette connaissance fine permet de suivre l’évolution d’un mal, sans pouvoir agir, prisonnier d’une sorte de “puits et pendule” moderne, où, comme dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe, on voit avancer la lame, sans action possible, et un suivi médical est parfois simplement l’histoire de cette angoisse.
La mort solitaire du docteur N
Jean Reverzy, médecin lyonnais, a écrit “le passage” qui décrit la mort du patient, et “place des angoisses”, sur la mort du médecin. Je ne sais pourquoi la médecine est si importante à Lyon, et structure la ville à ce point, sa politique, sa littérature.
Je repense maintenant au docteur N, médecin à Saint-Etienne, et qui m’a suivi longtemps avant que je gagne d’autres cieux. Il est mort voici quelques années, dans la solitude de l’Alzheimer qui lui a pris sa mémoire. Il m’impressionnait enfant, parce qu’assez autoritaire, mais ce fut lui qui décela le mal qui me rongeait. A l’époque, peu d’espoir, Jules Traeger à Lyon débutait seulement la transplantation et la dialyse, et il comptait les patients qu’il enterrait d’un mal sans rémission. Il utilisait les techniques modernes au début de ces années 60, et c’est ce qui lui a permis d’opérer un diagnostic juste. Je ne pense pas qu’il a pu imaginer que ce serait moi qui l’enterrerait un jour, que je durerais aussi longtemps.
Lorsque le temps a passé, ce sont les fantômes du passé qui nous hantent. Je repense à cette période angoissante comme une image de vieil hôpital, aux résultats qui se détérioraient en pente douce, et je ne comprends même pas que je sois là encore, après toutes ces décennies inespérées.
Tout Lyon dans un hôpital, à Edouard-Herriot
Il est un fait singulier concernant la ville de Lyon, c’est qu’une grande partie de sa classe politique provient d’un même pavillon de l’hôpital Edouard-Herriot.
En effet, Jean-Louis Touraine, député PS, adjoint au maire, est le chef du service des transplantations. Jean-Michel Dubernard, ancien député UMP et adversaire en politique de Jean-Louis Touraine, est responsable de la chirurgie de la transplantation dans le pavillon voisin. Nora Berra, ministre des solidarités, a été médecin dans le même pavillon que Jean-Louis Touraine, et comme lui, s’est occupé de néphrologie et de VIH. C’est comme si toute la politique lyonnaise provenait d’un même lieu, un peu magique, le service des “résurrections”, dont on attendrait des miracles tant en médecine qu’en politique. On a assisté à des débats sur des sujets éthiques entre Dubernard et Touraine, qui pourtant collègues, mais différents dans leur approche. Dubernard a tenté des opérations spectaculaires (greffe du pancréas, de la main, du visage) que Touraine a parfois critiqué pour leur aspect spectaculaire mais non humaniste.
Nora Berra a fait scandale en évoquant le rôle des homosexuels dans la propagation du Sida, Touraine, des années auparavant avait effectué une dénonciation des backrooms, mais dans la presse locale, ce qui à l’époque n’avait pas provoqué de levée de boucliers. Une même pratique médicale, les avait amenés aux mêmes conclusions.





