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Freakonomics : les toilettes payantes chez Mac Donald
J’ai été assez surpris de découvrir que les toilettes chez Mac Donald prenaient l’allure d’un coffre-fort, avec un dispositif de paiement par pièce. En gestion, il n’y a pas d’économies négligeables, et un détail aussi insignifiant que le passage aux toilettes payantes a surement été murement étudié par cette chaîne de fast-food. En effet, tous les frais sont surveillés et tirés au maximum, pourquoi ne pas limiter d’une part cet accès, d’autre part considérer que c’est une consommation comme une autre. Il me semblait que la loi faisait obligation à un restaurateur ou tenancier de bar d’offrir une telle commodité à ses clients, mais exclut-elle de faire payer la prestation ?
C’est une part de frais non négligeable, il y a souvent des détériorations, des problèmes mécaniques dus à l’usage, et la nécessité de rémunérer des agents pour leur entretien. Par ailleurs, en raison du manque du service public équivalent dans la rue, Mac Donald se retrouvait à pratiquer sinon de la philanthropie, du moins une participation à un service public en raison des entrées liées à la recherche de ce type de service, indisponible par ailleurs. En France, la question des toilettes publiques est taboue, elles sont absentes du mobilier urbain au contraire d’autres pays comme l’Allemagne, ou le Japon qui en pourvoit ses stations de métro.
C’est un équipement qui n’est pas valorisé, la question est ignorée, et le coût lié à leur entretien ne semble pas mériter cet effort. Il semble difficile d’abaisser semble-t-il des personnes à travailler dans ce secteur, bien qu’en Finlande on peut être surpris par la beauté des belles blondes, qui chez nous seraient mannequins, et là-bas travaillent dans ce service.
Comme pour d’autres métiers peu valorisés, on a essayé de remplacer l’élément humain par la machine, et ce furent les sanisettes, discréditées dès leurs débuts en raison d’accidents mortels à l’usage.
La disparition de ce service est une vraie question de thèse, il a précédé et annoncé la réduction d’autres services publics, car il en présentait tous les inconvénients : coût public, nécessité de recruter, de gérer des agents, voire de faire appel à l’émigration, non-valorisation pour les élus. La gestion privée se pose également les mêmes questions, est-ce qu’un lobby prépare la fin de l’obligation d’offrir des commodités pour les restaurateurs, dans le souci de réduire les frais de gestion ? et en arguant que cela doit relever du public qui ne fera rien ?
Ce n’est pas parce qu’un sujet parait trivial et insignifiant qu’il ne contient pas beaucoup d’enseignements. Mais certains consommateurs pressent dans l’autre sens, j’ai vu qu’il existait un groupe sur Facebook.
Organisation de l’Etat
La LOLF a découpé le budget de l’Etat en “programmes”, d’une certaine manière elle a organisé les finances et leur responsabilité en tuyau d’orgues à gestion obligatoirement centralisée. De l’autre côté, les services ont été fusionnés au plan départemental dans le cadre de la RGPP. Au confluent, on a donc des directions départementales interministérielles organisées tiraillées entre la contrainte budgétaire verticale et centralisée, et la vision des préfets qui se veut horizontale.
Vers la suppression du statut de fonctionnaire ?
projet de loi suppression statut fonctionnaires 21012011
Jean-François Mancel a déposé un projet de loi, qui réserverait aux seuls agents des services “régaliens” de l’Etat (mais il y aura un problème de définition du champ concerné) le statut de fonctionnaire. Cette disposition vaudrait pour l’avenir. On peut s’interroger sur le bien-fondé de cette disposition, qui pourrait sembler couler de source pour certains. Le statut de fonctionnaire comporte des droits et des obligations, on peut aussi imaginer que les futurs salariés sous statut privé pourraient aussi s’affranchir de certaines obligations, et même avoir une utilisation plus cynique de leur statut. On pourrait aussi avoir des difficultés à recruter : on le voit pour les enseignants, je ne sais pas quelle peut être la motivation d’enseignants recrutés à bac + 5 et payés 1 300 €/mois. Par ailleurs, comme Rosanvallon le rappelait dans “la légitimité démocratique”, s’il y a une légitimité de l’élection, il y en a également une du concours, du fait que les employés de l’Etat sont sélectionnés par une épreuve objective, ce qui casse le piston à l’entrée dans la fonction publique accessible à tout citoyen s’il en a le talent. Avec un recrutement par contrat, les relations joueront le rôle principal. Woerth a tenté de le faire, en recrutant des consultants au ministère des finances, mais leur action a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment au Parlement, en raison des marchés confiés par eux à des sociétés de consultants au nom anglo-saxon.
Le fonctionnaire détient une légitimité expliquée par Pierre Rosanvallon, en faire un simple employé de l’Etat, lui ferait perdre ce qu’il embarque avec son statut de sens du service public, et d’origine citoyenne.

“Loin de représenter une forme de désengagement de l’État, cette
proposition de loi s’inscrit dans une logique d’égalité et de réconciliation
au sein de la société française à l’heure où les différences entre le secteur
public et le secteur privé apparaissent plus que jamais injustes aux yeux de
nombre de nos concitoyens, particulièrement suite à la grave crise
financière que nous venons de traverser.”
Je note également cette phrase extraordinaire que l’un de mes lecteurs a relevée, où l’on fait un lien entre la crise financière, et les fonctionnaires. Ce qui est quand même fort de café !
Logiciel ergonomique
La communication sans l’expression
Le travail que nous effectuons sur notre expression va dans le sens constant d’un lissage, d’une abstention progressive de tout ce qui pourrait faire saillie. Nous sommes passés de l’expression à la communication, cette manière de dire sans penser le contenu, en évitant tous les mots de division, et en mettant constamment en valeur, en présentant toute chose de manière positive, comme si tout était positif. Un licenciement devient un nouveau challenge, une mobilité obligatoire n’est pas un déracinement, mais une chance d’augmenter son potentiel. Power-point est le logiciel de notre temps, celui de la communication. J’ai toujours été frappé par cet instrument qui permet d’asséner des phrases creuses, et surtout permet qu’elles ne deviennent pas trop ennuyeuses grâce au côté ludique de la projection. C’est une sorte de prompteur pour l’assistance, qui au lieu de guider leur voix dirige leur attention. Certains textes, certains fascicules issus des officines des communication sont si lisses que c’est comme s’ils n’avaient pas au sens propre de contenu ; toute vie s’est échappée du sujet. Plutôt que de compulser ce type de publications, on en vient à préférer pouvoir évoquer les sujets traités durant les deux minutes d’un café pris à la machine. Certains documents chiffrés se parsèment de littérature, qu’une fois validée par les différentes chaines de commandement, on recopiera d’année en année. Là où les chiffres définissaient et fixaient les choses, on comble les interstices avec du bavardage qui soit répète ce que les chiffres disaient de manière plus concise, soit distraient la pensée de ce qu’ils révèlent véritablement.
De manier cette prose sur-relue, on en vient parfois à se sentir amputé de la capacité d’expression qui permet d’exprimer les choses, les sentiments, les réflexions, qui vise à rendre les autres plus intelligents, à partager la nôtre. On en vient à sentir son vocabulaire appauvri, “lissé”, et comme la novlanque d’Orwell, se demander si le lissage infini des mots n’a pas fini par lisser également toute capacité de pensée.
L’enjeu idéologique des sciences économiques à l’école
Il est une querelle portant sur l’enseignement des sciences économiques au lycée, portée par le ministre de l’Education nationale, qui nous a semblé venir de nulle part. Elle reprochait à l’enseignement de l’économie au lycée d’être trop critique, de ne pas valoriser l’entreprise, et les questions micro-économiques. Vous avez pu penser que c’était un courant surgi de nulle part, une “réflexion” d’un ministre à ses heures perdues, une pression du medef.
Je viens de me rendre compte que cette vient en fait de très loin, et qu’elle fait l’objet d’une propagande plus pensée que l’actualité ne le laisse deviner. C’est Von Mises et Von Hayek, les penseurs du néo-libéralisme qui l’on pensée dans les années 60, car une très grande part de leur réflexion sur le néo-libéralisme a porté sur l’école, et le moyen de développer la propagation de cette idéologie du marché. Pour eux l’école était fondamentale dans le processus. Ils ont conçu le néo-libéralisme comme un marché très fortement soutenu, encadré et développé par l’Etat, au contraire du vieux-libéralisme et du laisser-faire, qui avait connu l’échec. C’est donc un système complet de pensée qui a inspiré les interventions, et non une réflexion spontanée. Le soutien ultime du nouveau marché, c’est l’Etat, ce qui explique que personne n’a vu de contradiction à cette intervention massive des états au soutien des banques. De même, le soutien à cette idéologie est soutenu par une propagande de tous les instants par les journaux proches des milieux financiers, et par des essayistes qui préparent le terrain. Souvenez-vous de ce livre, au début des années 80, au moment où la gauche a pris “le tournant de la rigueur en 1983″, et qui a préparé les esprits.
On a moins vu François de Closet ensuite, peut-être parce qu’il a compris à quoi il avait été utilisé, et que d’autres ont pu venir, plus redoutables. Le terrain a ainsi été préparé lentement, par une inondation massive des medias avec ces idées, un mouvement extrêmement orchestré par quelques groupes financiers qui demandaient un monde à leur mesure.
La pensée PowerPoint – Franck FROMMER – Éditions la découverte
Comment power-point nous rend stupides
La pensée PowerPoint – Franck FROMMER – Éditions la découverte.
un bouquin bien senti que je pressentais depuis longtemps, je m’interroge depuis des années sur le côté hypnotique et creux, de pure logorrhée de ces présentations. Je ne sais ce que vaudra le bouquin au final, mais c’est un bon champ d’investigation.
Les mutuelles, chaînon manquant vers l’assurance privée
On nous explique doctement qu’il faut combler le trou de la sécu, et qu’il faut pour cela déporter les remboursements vers les mutuelles. Elles vont devenir obligatoire, ce qui est une manière d’irrationalité que de nous faire ainsi payer deux fois les frais de gestion pour les mêmes dossiers. En effet, le système le moins coûteux pour les français serait celui d’une sécurité sociale universelle, sans transfert à des mutuelles, et en se passant d’elles. Si le traitement des dossiers par la sécurité sociale représente 5% du coût, on passe à 20 ou 25 % avec les mutuelles. Et que sera-ce quand on devra passer par un système hautement à but lucratif, celui que les amis de Nicolas Sarkozy rêvent de mettre en place en privatisant la protection sociale ? On va terminer comme avec le système-repoussoir des Etats-unis, qui coute deux fois plus cher que le système japonais, avec des résultats inférieurs à ceux d’un pays du tiers-monde comme Cuba ? On comble le trou de la sécu en le faisant plus que payer aux français, plus qu’en relevant les cotisations, et en réduisant les dépenses fiscales que sont toutes les exonérations des entreprises. Il suffit ainsi de quelques minutes que l’on a affaire à une vaste escroquerie. La plupart des mutuelles préfèrent assurer des gens via leur travail, pour cesser la relation avec eux à leur retraite, ou quand ils sont licenciés. Ainsi ils n’assurent que des gens en bonne santé, avec peu de frais médicaux, un rendement intéressant, et sans couverture universelle. Faites le calcul, vous qui payez une mutuelle chaque année, entre ce que vous payez et ce que vous recevez, et vous serez effarés. Nous sommes en train de surcombler le trou de la sécu, et manifestement, cela risque de ne pas être perdu pour tout le monde.
La leçon de management
J’ai réalisé cette video comme essai pour rendre plus vivant un dessin humoristique.





